Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.




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MessageSujet: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    10/3/2015, 21:58

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Le Collectioneur des Curiosités


Messages :
72
Masculin
Age du personnage :
C'est un secret ♥
Pouvoirs / Particularités :
Pouvoir : Grâce à ses humeurs corporelles, Lucrèce peut conserver les cadavres. Particularité : l'espace d'un baiser, Lucrèce patage ses pensées avec l'autre.
Origine :
Rome antique.
Orientation sexuelle :
"Par devant, par derrière, de toutes les manières..."
Habitation :
Le Cabinet des Curiosités - Nain-Vert-Land
Fiche de personnage :
La curiosité est un bien joli défaut
avatar
Lucrèce
Le Collectioneur des Curiosités

Who am I ?

● Lucrèce.

« Bienvenue ! Entrez, entrez ! Et laissez chez moi un peu de votre bonne humeur. »

.: Nom civil: Bien des noms lui ont été attribués, Lucrèce est le plus récent.
.: Age : En apparence, il semble avoir entre vingt-cinq et trente ans. Il est en réalité plus vieux, mais n'a pas une idée précise de son âge. Le temps passe si vite !
Existe à Wonderland depuis : 13 ans.
.: Orientation sexuelle : Homme et femme lui plaisent pour des raisons différentes, morts ou non, mais ce qu'il préfère, ce sont les tentacules.
.: Groupe : Nain-Crevâble.
.: Race : Alice.
.: Origine : Rome de sous Auguste.
.: Fonction : Propriétaire du Cabinet des Curiosités.
.: Âme : Nom.
.: Particularité : Je vous laisse guider mon sort.
.: Pouvoir : Lucrèce a la faculté de pouvoir conserver les cadavres sous leur meilleur jour. Si bien que dans son Cabinet des Curiosités, il place ses pièces les plus jolies dans leur état avant leur mort. Il le fait au moyen de ses humeurs corporelles.
.: Classe sociale : Correct.
.: Participant au Game of Madness : Oui ♥

Description Physique


Dans la vie, le plus important, c'est de bien présenter.

Chose à laquelle Lucrèce déroge quelque peu.

Ce n'est pourtant pas l'élégance qui lui manque ; habillé de costumes sombres, mettant en valeur sa haute silhouette, il ressemble à un gentilhomme. Une chemise blanche sous une veste de velours, contrastant avec le teint hâlé de sa peau, dont le col souligne sa mâchoire carrée. Des manches aux boutons d'or, et des mains larges aux longs doigts fins cachées sous des gants blancs ; il respire l'esthétisme d'un autre temps. De loin, on pourrait le prendre pour un genre de Dandy, surtout lorsqu'il vous accueille dans son cabinet, assis derrière son bureau. Les coudes posés près d'un vieux livre, il vous observe de son regard marron avec un sourire bienveillant. On peine à l'identifier d'abord au décor, tant il semble différent de ces choses morbides qui l'entourent. Pourtant, lorsqu'on se rapproche, on se rend compte qu'il est lui-même une pièce exotique de son cabinet. Sa chevelure est noire, encadrant sa figure tranquille en ondulant légèrement. Ses lèvres épaisses s'étirent dans un continuel sourire chaleureux, difficile à croire qu'il a le diable dans le corps. Il se lève alors de ses longues jambes minces, en caressant son grain de beauté, et il vous salue de son éternelle formule :

« Bienvenue ! Entrez, entrez chez moi, et laissez-y un peu de votre bonne humeur. »

Vous remarquez aussitôt son accent étrange, les « u » et les « v » semblent former le même son « ou » parfois. De temps à autre, ses « j » se transforment en « ye ». Mais sa voix est grave, profonde, et vous invite à vous perdre dans la contemplation de son Cabinet des Curiosités. Plus vous passerez de temps avec lui, plus vous comprendrez que cet endroit lui ressemble. Il est comme lui : figé dans le temps, mais poussiéreux, et humide. Le parfum de Lucrèce finira par vous piquer le nez ; un mélange de tabac, et de pourriture. Plutôt grand, son ombre semblera brusquement vous engloutir. Son regard acéré se posera dans le vôtre, et pénétrera vos entrailles, comme un romancier plongeant dans les tripes de l'âme humaine. Son oeil marron brille d'un éclat joyeux, percé d'une pointe dorée ; il bouge doucement, vous étudie, apprécie le contour de votre corps, et vous oublie pour autre chose. En observant encore Lucrèce, vous apercevrez sur ses épaules de la poussière ou des pellicules, ou bien les deux. Sa peau vous semblera douce, mais fine, lorsqu'il sourira à nouveau, mais dans un rictus inquiétant. Des cernes apparaissent sous son regard, des rides se forment au coin de ses lèvres, et quelque chose change brutalement. Il ne parait plus si beau, il parait malsain.

« Hihi... »

Pensif, transporté par l'étude qu'il fera de vous, il caressera du bout des doigts des boucles d'oreilles en or pendant à ses oreilles. De loin, on dirait deux jolies améthystes brillant à la lueur des bougies disposées dans son Cabinet. En prenant sa canne étrange, où il liera sa main à celle servant de pommeau, il vous invitera à descendre à la cave, où selon lui, vous trouverez des merveilles encore plus saugrenues.



Etat mental



Lucrèce semble pouvoir s'adapter à tout. Homme de lettres et homme de l'art, il apprend vite, et garde en mémoire tout ce qu'on peut lui dire. Alors, prenez garde à ce que vous pourrez lui révéler par inadvertance, les mots, ce sont ses armes. Malgré son accent bizarre, Lucrèce sait parler, et surtout, il sait bien parler. Il choisira toujours le bon langage en fonction de son locuteur, le charmant dans ses métaphores parfois absurdes, et le bernant dans ses compliments. Il sait parler les deux langues, usant l'une plus que l'autre ; la langue du renard, et la langue du chien. Passant à l'une, puis à l'autre ; il joue avec les sous-entendus, et les connaissances d'autrui. Parfois, il lui arrive d'être ennuyeux, et son discours devient une sorte d'hypnose. On s'endort en l'écoutant, puis on se rend compte qu'il commence son envoutement.

Poli en toutes circonstances, Lucrèce n'hésite pas à se courber pour votre plaisir, vous invitant dans son entre d'où vous peinerez à vous sortir. Véritable gentilhomme, il vous accompagnera dans votre découverte de l'exotisme, et il vous parlera de ses plus belles oeuvres, avant de vous encourager à le suivre dans son sous-sol. Il sait plaire. Toutefois, cela n'est qu'une façade comme tant d'autres ! En réalité, Lucrèce est dévoré par l'ambition. Curieux de nature, il s'intéresse à tout. Véritable esthète, il cherche la beauté chez les autres, et n'hésitera pas à vous ravir ce que vous avez de particulier. Un regard vairon ? Par-fait, cela est si rare ! Il a le goût pour les jolies personnes, et pour le grotesque. Il trouve de la laideur dans certaines beautés, et de la beauté dans certaines laideurs ; un bossu ? Ne voyez-vous donc pas que l'angle dans son dos ressemble à un édifice ? La seule chose qu'il n'aime pas, ce sont les roux. Bêrk ! Il aime la blondeur, la peau blanche, et l'innocence, surtout lorsqu'il peut la briser.

En se réveillant à Wonderland, Lucrèce découvrit un autre univers, perdu dans la folie ambiante. Mais comme il sait se façonner des personnalités sur la demande, il s'est accommodé à cela, avant de réellement sombrer dans une sorte de folie douce. D'un caractère jovial, il se met souvent à rire pour rien ; il aime plaisanter avec lui-même, et pense que son humour est de la meilleure qualité. Tant pis si on ne comprend pas ; les autres n'ont pas son regard acéré, ils sont aveugles aux jolies choses. Lorsqu'il est seul, Lucrèce parle à lui-même, s'invente des personnages, ou donne de la personnalité à ses trésors. Lorsqu'il s'ennuie, il converse avec eux en fumant sa pipe, critiquant les goûts de Monsieur Machin, se répondant à lui-même en modulant sa voix. Avare, gourmand, il veut prendre la place du Roi, désirant posséder Wonderland comme la dernière pièce maîtresse de son salon. Son âme décadente est poussée par des envies saugrenues, son ambition n'est en réalité qu'un caprice. Esclave éternel, il veut prendre le pouvoir, et comprendre ce que cela peut faire de se retrouver tout en haut. Un secret enraciné dans sa poitrine.

Lucrèce vous paraîtra alors être un original, mais un orignal agréable, savant converser et adorant l'art. Puis, lorsque vous lui tournerez le dos pour contempler la jolie poupée cachée au fond de sa cave, un sourire morbide ornera ses lèvres, et il lâchera un discret :

« Hihi... »

Parce que ce qu'adore posséder Lucrèce, il le tue. Figées dans une beauté immortelle, les choses ne s'altèrent pas. Et à loisir, il peut les contempler, nourrissant son oeil de ses propres oeuvres. La mort, il l'aime, il l'adule. C'est une tendre amante dont il ne peut pas se défaire de l'emprise.




Il était une fois...


D'aussi loin qu'il puisse se souvenir, il a toujours été esclave.

Cela commença à ses huit ans, lorsqu'il fut assigné aux services de la femme la plus impétueuse de l'époque. Une beauté mate, au regard brûlant, et à la voix furieuse, se satisfaisant uniquement de son amant romain. Une originale au caractère fort, dont le destin se brisa à cause de son amour. Djéhouty n'avait pas conscience de tout ce que cela impliquait, une impératrice éprise d'un Romain ! Jamais les dieux ne purent approuver une telle relation. Il garde de cette époque que des souvenirs confus ; les éclats de voix de la Superbia, ses disputes acerbes avec son chien amoureux, parfois dans sa langue, parfois dans une autre. Djéhouty vit leur amour dans ses moments les plus furieux, et il les observa dépérir. Serviteur docile, il se contenta de faire attention à eux, ne comprenant pas l'amour de la belle pour cet étranger. Et puis finalement, cela se termina brusquement, sans son intervention. Il était trop jeune à l'époque pour saisir l'importance du pouvoir, et de l'amour dans sa destruction ; Cléopatre se perdit pour Marc-Antoine, et Marc-Antoine se damna pour elle. Une fin pitoyable.

À l'époque, il savait que le nom d'Octave faisait frémir, et ce fut lui qui donna l'ultime frisson au couple maudit. L'image qu'il garda d'eux ensuite n'était qu'une représentation grotesque : un homme faible face à ses passions, et une femme incapable de suivre les règles. Djéhouty assista à la fin de sa civilisation, et lorsqu'Octave emporta la victoire, il fut emmené avec les autres trésors qu'il obtint. Il se souvient de la première fois où il vit Rome, sa rétine se sentit agresser par toutes ces couleurs claires. Il était habitué aux immenses étendues de sable, au soleil jaune et au ciel brûlant ; ici, c'était totalement différent. Il rencontra Rome dans le cortège d'Octave ; celui-ci, soucieux d'exposer sa victoire à la cité l'avait fourgué avec les autres trésors. Exposant sa peau hâlé aux romains, alors que leur langue se déliait en compliment devant tout cet exotisme. Djéhouty comprenait quelques mots, mais il ne garda de ce souvenir que de la mélancolie. Il était une fleur exotique arrachée à sa terre nourricière, il allait périr sous ce ciel gris, et dans ce paysage criard. Déjà le temps lui donnait froid, où était la morsure ardante du soleil ? Pourquoi ces bâtiments étaient-ils construits ainsi ? Que signifiait ce rose aux joues sur les femmes ? Avec langueur, Djéhouty se préparait à mourir. Rome n'était pas son univers.

Octave décida de son sort. La première fois que Djéhouty l'aperçut, ce fut durant son discours qu'il prononça une fois que le cortège finit de circuler dans Rome. Il se tenait droit, et il était plus jeune que l'esclave ne l'avait pensé. Mince, il avait les épaules larges, la stature éloquente, et un regard vif. Une barbe ornait sa mâchoire bien dessinée, on aurait dit une statue. Il fronça ses fins sourcils, et il raconta sa bataille dans cette langue que Djéhouty comprenait mal. Derrière lui se trouvait un autre homme, bien moins beau, qui tentait d'être discret. Pourtant, il portait des couleurs vives, et contrastait avec l'attitude solennelle d'Octave. Il avait le front haut et quelque peu dégarni, les yeux enfoncés sous des sourcils épais, un nez de corbeau, et des lèvres pincées ; Djéhouty vit en lui l'incarnation de la fourberie. A chaque seconde, il s'attendait à ce qu'il poignarde Octave dans le dos. Pourtant, confiant, il lui montrait ses larges épaules, et parlait d'une voix grave. Rome semblait éprise de lui, charmée par sa voix, ensorcelée par son visage de vainqueur.


« Mécène ! »

Djéhouty plissa le front, l'homme derrière Octave eut un sourire, il fit quelque pas. Il se pencha vers lui en murmurant, la foule se calma. Parmi elles, l'enfant parvint à distinguer des hommes soucieux, pensifs, ils fixaient la scène pour la graver dans leur mémoire, et commentaient la manière dont se tenait Octave. Celui-ci fit signe aux soldats encadrant l'enfant, l'un d'eux le prit par le bras, et il le poussa en avant. Son cerveau était éteint, Djéhouty attendait d'une seconde à l'autre de finir exécuté, après tout, il avait été l'esclave de celle qui avait rongé l'âme d'un Romain. À nouveau, Octave s'exprime dans sa langue, il le désigne du doigt, Mécène est attentif à la moindre de ses paroles. Puis il sourit, il pousse une petite exclamation, et Octave semble satisfait. Ils se complètent, c'est étrange. Djéhouty ne cernait pas toute cette supercherie, comment les Romains exécutaient-ils leurs trésors de guerre ? Son pays lui manquait, il n'aurait pas l'occasion d'y revenir. Il garde peu de souvenirs de sa mère. Pourtant, il a envie de se retrouver dans ses bras. Mécène s'avança alors, le passé et le présent dorment sur ses épaules ; il n'est pas comme tous les autres Romains, Djéhouty le sent. Mécène se pencha sur sa figure, il l'inspecta, murmurant des paroles que l'enfant peinait à comprendre. Enfin, il se tourna vers Octave, et fit une courte révérence.

« Merci. »

Rome pose son regard enflammé sur l'enfant, on parle de lui, c'est la seule chose dont il a conscience. Que va-t-il lui arriver ? Fébrile, il fixe Mécène. Il finit par comprendre que son destin, c'est cet homme maniéré qui le détient.

Esclave d'Égypte ou de Rome n'avait pas d'importance. Djéhouty serait esclave de toute sa vie ; il aurait été prince, cela n'aurait pas changé. Peut-être qu'Octave l'aurait gardé. Mécène apporta une nouvelle beauté au trésor que renfermait sa demeure. Djéhouty n'avait jamais vu tout cela, c'était exotique pour lui. Il n'osait pas parler, persuadé que ça ne servirait à rien, mais il eut une vie différence aux côtés de Mécène. D'abord, Mécène le mit en cuisine, puis il trouva dommage que ses hôtes ne puissent pas le voir. Djéhouty sut qu'il devait servir les plats, lorsque le soir, l'homme recevait les hommes les plus riches de Rome. Il ne portait pas de chaîne, on semblait lui faire confiance ; il ne s'enfuirait pas. L'idée germa quelques fois dans son esprit, mais il craignait de mourir en dehors de ces murs. Mécène le protégeait en quelque sorte. Chaque soir paraissait être un soir de fête, Mécène le faisait défiler dans sa petite assemblée, alors que les hommes, allongés mangeaient les fruits. Il leur présentait serviettes et rince-doigts, souvent chassé d'un geste méprisant de la main. Puis, on le faisait revenir pour des choses qu'il ne saisissait pas. Ce monde n'était pas le sien, Rome n'était pas sa patrie, pourtant il se mêlait à ses citoyens. Il était une tâche noire sur une peinture blanche que Mécène faisait promener au gré de ses envies.

« Quel joli garçon, s'exclama-t-on.
— N'est-ce pas ? Répondit Mécène en souriant. »

Vers la fin du repas, Mécène se redressait. Les pans de sa toge balayaient la poussière, il se tenait droit, et remuait les épaules. Dans ces moments-là, Djéhouty savait qu'il ne devait pas faire de bruit. Mécène déclamait alors, des vers qu'il avait confectionnés dans les bains, afin de séduire ses invités au soir. Djéhouty peinait à y trouver de la beauté, mais au moins, il s'habitua à cette langue confondant le « v » et « u ». Mécène avait une voix profonde, tranquille, et il souriait tout le temps. Ses invités posaient des regards dubitatifs, mais ils avaient la politesse de saluer son génie à la fin de ses poèmes.

Deux ans passèrent, Octave devint Auguste. Ce monstre l'ayant arraché à son pays se transforma en héros. Grâce à lui, Rome se relèverait. Charismatique et fort, Octave devint l'Empereur Auguste. Les Romains le portaient en haute estime, il était l'élu des dieux. En lui, la sagesse s'écoulait comme une fontaine, Rome lui devait son avenir. Il la sortait d'une période difficile, provoquée par la mort de César, et par ses propres ambitions. C'était avec acharnement qu'il était devenu ce héros romain. Djéhouty le méprisait, il avait été ce qui avait détruit sa Cléopâtre. C'était la corruption de Rome qui avait souillé son âme, et fait d'elle cette idiote amoureuse. Il avait décidé de son sort, comme s'il était un animal de compagnie qu'on offrait à un ami. Djéhouty attendait le moment, où il pourrait plonger un poignard dans le coeur de cet Empereur. Il rêvait de Rome en flammes, il rêvait de voir tous ses monuments détruits par les éclairs de sa haine. Il était trop jeune encore pour se rendre compte de sa chance ; Mécène l'appréciait. Il voyait son esprit vif briller à travers ses pupilles brunes. Auprès de lui, il apprenait.

« Hum... l'inspiration se fait rare. »

Mécène était devant lui dans son jardin, flânant en posant les mains derrière le dos. Son profil d'oiseau se dessinait sur le paysage, telle une ombre vorace. Qu'il était laid ! Songea Djéhouty. Efféminé, toujours ennuyeux, mais savant... sa Cléopâtre lui manquait. Souvent, il s'était imaginé être son fils bien-aimé, mais Rome lui rappelait la dure réalité. Djéhouty prenait les pommes que Mécène choisissait selon ses goûts ; ce qui l'intéressait — à la surprise de Djéhouty — ce n'était pas la taille, mais la couleur. Il semblait adorer le rouge. Il croqua dans une pomme en grimaçant.

« En effet, articula Djéhouty.
— Tu comprends notre latin ? »

Après deux ans de servitude auprès de Mécène, Djéhouty avait souillé ses oreilles de leurs prononciations bizarres. Malgré lui. Il approuva en haussant les épaules, le visage de Mécène s'éclaira aussitôt. Un grand sourire se dessina sur ses lèvres fines, et il joint les mains pour applaudir.

« Parfait ! Parfait ! S'exclama-t-il avec entrain. J'ai toujours su que tu étais un esclave intelligent.
— Merci. »

Mécène prit une grande inspiration, il replia un bras contre lui pour enfoncer son coude dans sa main, et avec l'autre, il soutint sa tête. Pendant une longue minute, pris dans ses pensées, il jugea Djéhouty. Il semblait mesurer le pour et le contre d'une décision. Il faisait beau, le temps était agréable. Le vent soufflait dans les branches des pommiers, un parfum épicé chatouillait les narines de Djéhouty. Mécène ne s'accordait pas à son décor, malgré toute sa volonté. Il était trop habillé, trop trapu, et pas assez beau, estimait Djéhouty non sans mépris. Il observa sa longue toge, puis il contempla sa démeure se dresser plus haut. Finalement, Mécène sourit à nouveau, et il s'écria, comme un enfant obtenant un nouveau jouet :

« Je ferais de ta descendance des citoyens romains. Mais il te fera travailler dur. »

Pour quoi se prenait-il ? Où il concevait que c'était son désir ? Djéhouty mordit sa lèvre pour cacher son mécontentement, mais il approuva. L'éducation, c'était son avenir.

Ce fut ainsi que Djéhouty devint Lucrèce. Mécène désirait faire de lui un véritable romain, alors il lui donna un autre nom. Il montra de l'intérêt pour sa culture, et pour son panthéon, et il faisait des remarques sur leurs dieux se ressemblant. Djéhouty devenu Lucrèce écoutait ses paroles sans en penser plus, il se sentait comme dépossédé de son âme par Mécène. Pourtant, il accepta son éducation, il apprit l'alphabet latin, il apprit à le lire, et à le parler. Mécène mis du temps à lui délier la langue, à lui arracher son accent ; il devait être Romain de la racine de ses cheveux, jusqu'à ses ongles de pieds. Djéhouty devenu Lucrèce s'adapta, après tout... seule la survie comptait, et elle se montra agréable. Au fil des années, alors qu'il apprenait à être romain, il accepta Lucrèce dans sa poitrine. Il accepta les dieux qu'il priait, et il commença à prendre plaisir à suivre Mécène dans ses rendez-vous, ou dans ses promenades dans Rome. Il l'invita à poser des questions, comblant son savoir, lui apprenant sans cesse de nouvelles choses. Bientôt, Lucrèce oublia qu'il était égyptien. Romain, il n'en avait pas les couleurs, mais l'esprit. Sa voix devint éloquente ; en apprenant à être esclave de Mécène, il apprit la rhétorique. Mais sa peau, ses cheveux noirs comme l'encre rappelaient ses origines. Lucrèce avait conscience de cet écart, il n'appartenait pas à la même race que Mécène. Il ne faisait que l'imiter. Toutefois, bien traité, il s'accommoda de cette vie sans mesurer l'ampleur de sa chance.

« Qu'est-ce ? Demanda le jeune homme. »

Mécène se tourna vers ce que Lucrèce lui désignait. Au loin, alors qu'un homme avec une verrue sur le nez se faisait l'avocat du diable au Forum, on pouvait apercevoir des jeunes femmes en haillons marcher en silence. Elles avaient la tête baissée sur leurs pieds, elles évitaient le regard des hommes, et elles étaient menées par un vieux, comme un troupeau de chèvres. Lucrèce plissa les yeux pour mieux les voir, certaines étaient jeunes, beaucoup étaient laides ou abîmées. Il attarda son regard sur la dernière, sans doute la moins laide de toutes. Elle avait un visage triste et affable.

« Les vestales, déclara Mécène avec détachement. Leur rôle est de maintenir le feu de la cité, s'il s'éteint... Rome aura à craindre le courroux des dieux. C'est ce qu'il s'est passé, lorsque César est mort. Auguste, le très noble, l'a rallumé. »

La vierge vestale croisa l'oeil chaud de Lucrèce. Elle ouvrit la bouche, elle releva légèrement la tête. Sans arrières-pensées, Lucrèce lui sourit, et lui fit un léger signe de la main, lorsque Mécène se retourna pour saluer ses protégés. Avec le temps, Lucrèce avait pu mieux déterminer son rôle au sein de Rome. Auguste se languissait de son absence au sein de son Consul, mais Mécène répondait sans cesse : « une fois Consul, que ferais-je de la littérature ? La politique gâcherait mon temps dans la découverte des talents, et des poésies. Laisse-moi dans ton ombre. » Et il s'accrochait fermement dans l'ombre d'Auguste, remarqua Lucrèce non sans cynisme. Comme s'ils étaient tous les deux Janus. Deux visages accrochés à un même corps, regardant des directions opposées ; le passé, et le futur, la politique, et la poésie. Lucrèce attendait le moment de la confrontation, mais Auguste se contentait de répondre à l'éternel refus de Mécène : « tes vers complexes, ta pensée pleine de conjonctions et de prépositions... aideraient à ma politique ; ainsi, on se perdrait dans l'écoute de ton discours, et on se laisserait plus facilement faire ». Mécène riait, gêné, mais il riait tout de même. Mécène amusait, Mécène était parfois ridicule, mais Mécène était toujours sage. Souvent, Lucrèce le voyait recevoir dans le vestibule de sa demeure des artistes, lorgnant sur sa protection. Il ne montrait aucune expression dans ces moments-ci, il les jugeait froidement, puis dans un sourire poli, il les chassait en leur promettant une réponse d'ici peu. Parfois, pour les plus chanceux, elle arrivait six mois après. Ce fut le cas d'un certain Virgule, introduit par Horace dans la maison de Mécène. Lucrèce l'avait fixé longuement durant l'entretien, et lui, fébrile, il avait mis en avant toute sa bonne foi. Horace parfois intervenait, et mettait en avant sa sensibilité, son don à réécrire les histoires. Mécène se contenta de froncer les sourcils, et l'invita à partir. Seul avec son esclave, il soupira, et fit :

« Un bien joli jeune homme, talentueux.
— Avez-vous pris votre décision ?
— Oui, il la recevra dans six mois. »

Lucrèce ne l'interrogea pas sur la raison de cette attente ; il savait que cela faisait partie du jeu de Mécène.

Lucrèce contempla alors le monde de Mécène se construire autour de lui. Il voyait se réunir régulièrement au sein de sa villa ses petits protégés. Mécène s'asseyait toujours face à eux, les jambes croisées, et il les écoutait tranquillement réciter leurs vers. Les espoirs qu'il plaça en Virgile s'éclorèrent vite, mais il composait et recommençait à peine terminée. Plusieurs fois, Varius et Horace l'encouragèrent à conserver ses vers, au lieu de reprendre. Lucrèce assista à la naissance des plus grandes oeuvres de Virgile, commandé par Mécène, dont le désir était d'accroître la gloire d'Auguste, son ami de toujours. C'était sa façon de participer au pouvoir : sage, il ne se manifestait pas, et se nourrissait de l'ombre d'Auguste. Les oeuvres de Virgile connurent le succès, mais jamais Lucrèce n’entendit Mécène se vanter d'avoir déniché une autre perle rare. Il n'avait pas de réel talent dans l'écriture, malgré tout le temps qu'il y passait, mais... il savait sentir celui des autres. De la même façon qu'il avait su voir en Djéhouty le futur romain. Il lui demandait quelquefois son avis sur untel, prenant en considération sa pensée. Lucrèce jouissait d'enseignement et de liberté auprès de son maître, et en mûrissant, il songea à cette époque où il l'avait méprisé. Maintenant, qu'il savait réfléchir, il ne pouvait que se jeter à ses pieds pour le remercier de lui avoir donné sa chance. Toutefois, il ne serait jamais romain.

« Je t'autorise à prendre femme, si tu le désires. Tes enfants feront d'excellents citoyens. »

Cette offre... Lucrèce la comprit mal.

Quelquefois le soir, Lucrèce arpentait Rome, lorsque Mécène était invité dans une maison prestigieuse. Il retrouva ainsi la jeune vierge vestale qu'il avait croisée, lorsque l'homme à la verrue sur le nez faisait son discours. Elle échappait à son lourd fardeau en parcourant les rues de Rome, se cachant dans un coin, et observant la lune se déployer dans la nuit. Ses rayons gris se promenaient sur la toile, apportant un peu de vie à cette figure de morte. C'était de la sorte qu'elle apparut à Lucrèce. Il la pista d'abord, silencieux, n'oubliant pas ses réflexes d'esclave : toujours se faire discret. Toutefois, lorsqu'elle le remarqua, elle ne cria pas. Ce fut comme si sa voix ne parvenait pas à sortir de sa gorge. Elle possédait une chevelure longue jusqu'aux reins, et contrairement aux autres romaines, elle ne portait pas de maquillage. Ses lèvres étaient pâles, ses joues creuses ; elle n'avait pas la beauté de sa Cléopâtre, mais Djéhouty retrouva chez elle quelque chose appartenant à son pays. Il l'approcha doucement, prenant soin de ne pas effrayer l'oiseau. Avec le temps, il parvint à serrer cette petite chose fragile entre ses bras.

Son nom était Béatrice, elle était devenue une vestale après la chute de son père. Il avait tenté de piéger Auguste, mais celui-ci supportait mal la trahison. Elle n'avait rien eu comme autre choix que de devenir vestale, promise aux flammes de Rome, elle se refusa longtemps à lui. Béatrice était douce, elle avait accepté son sort, comme toute femme romaine ; son destin, c'était les hommes qui le décidaient. Toutefois, auprès de Mécène, Lucrèce avait appris la rhétorique, obéissant à ses cinq règles principales. Il la charma de sa voix rauque, témoignant de la peine quand elle se refusait à lui, et lui rappelait certaines histoires. Elle serait Psychée, il serait Amour, et Amour embrasa son coeur. Bernée par son éloquence, la Romaine se laissa aller dans les bras de l'égyptien. Mécène lui avait autorisé à prendre femme, n'est-ce pas ? Djéhouty oublia les règles, et il prit à la vierge vestale la pureté de son feu. Comme une bête, amoureux, il la posséda durant une chaude nuit d'été. Il la fit sienne, et lorsqu'il termina son travail, il perdit son intérêt. Tout ce que Béatrice avait incarné se fragmenta ; il avait eu le goût de la chasse, et maintenant qu'il avait acculé sa proie, il s'en lassa. Il aimait les reines, pas les esclaves, même si elle fut prisonnière de Vesta.

« Que se passe-t-il, Auguste ? »

Une autre soirée au parfum enivrant. Mécène présentait à Auguste les vers de Virgile, mais l'Empereur témoigna un intérêt faible. Son noble visage était plongé dans un profond ennui, Lucrèce vit Virgile pâlir à cette seconde. Le poète pensa que son manque de talent était la cause de l'ennui de l'Empereur. En mordant dans du raisin, il murmura :

« Une sombre histoire de vestale enceinte. »

Mécène écarquilla les yeux. Il se redressa un peu — les Romains mangeaient allongés —, et il cligna plusieurs fois des yeux. Il portait une toge rouge, contrastant avec les couleurs neutres d'Auguste. Lucrèce écoutait d'une oreille, amusé des réactions gênées de Virgile. Horace parlait à côté de lui, tandis que Varius demandait à ce qu'on lui resserve du vin.

« Que faire ? Se plaignit Mécène après avoir entendu l'histoire de la vierge.
— Elle mourra une fois l'enfant venu au monde, et lui... Jupiter décidera de son sort. »

Lucrèce fit une courte révérence à Auguste, et lui apporta une coupe de fruits. L'Empereur fronça les sourcils en l'observant, puis il posa l'éternelle même question à Mécène :

« Quand est-ce que tu te décideras à être Consul ? »

Le temps passa plus vite qu'il ne l'avait pensé ; la mort vint lentement.

Aux côtés de Mécène, Djéhouty transformé en Lucrèce songeait pouvoir se définir romain. Cette race qu'il avait tant méprisée était devenue la sienne, il se reconnaissait dans cette culture. Lui aussi, en servant Mécène, il était une pierre servant à la renaissance de la Cité. Toutefois, ses racines d'esclave égyptien étaient toujours en lui ; il ne faisait que se mentir. Il ne serait jamais citoyen, Djéhouty le savait, mais Lucrèce préférait croire le contraire. Le sang étranger continuait de couler en lui, et quelque chose le réveilla. Brutalement.

C'était un autre soir d'été, Rome était brûlante. Ses pierres suaient toute l'eau de ses entrailles, Lucrèce pouvait même la sentir passer à travers sa peau. Ses cheveux noirs se plaquaient dans sa nuque, tandis que Rome dormait d'un sommeil lourd. Mécène l'avait autorisé à se promener dans ses membres, alors que dans son ventre, il festoyait en compagnie d'Auguste. Lucrèce piétinait la peau de la cité, cherchant un endroit frais où se réfugier. Rome était en lui, et il était en Rome. Dans l'obscurité, ce qu'elle avait de laid ressortait, mais sa bouche la ravalait vite ; Rome était son idéal. C'était sa mère. Celle qu'il n'avait jamais eue, celle qui l'avait recueilli en sa poitrine. Il respirait parce que Rome respirait. Lucrèce remercia Jupiter de l'avoir mené jusqu'ici.

« Pitié... »

Une voix plaintive, brisant la quiétude de sa promenade. Lucrèce s'arrêta devant un groupe de trois hommes, encerclant une jeune femme à la chevelure blonde. Elle était blanche, alors qu'ils étaient hâlés. L'un lui tenait les poignets, tandis que l'autre examinait la qualité de ses cheveux.

« Dame Lesbie donnerait son pesant d'or pour de tels cheveux...
— Ils sont si doux.
— La fille aussi, vous pensez ? »
Lucrèce s'arrêta, son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Il se cacha dans l'ombre d'une ruelle, et il observa la scène. La fille était jolie, différente de toutes celles qu'il avait croisées. Sa Cléopâtre n'avait jamais eu cette couleur d'or dans les cheveux ! Elle se débattait, alors qu'ils la forçaient à s'asseoir par terre. Ils lui tenaient la gorge, et ils la touchaient à divers endroits. Des scènes de la sorte, ça se passait tous les jours. Rome n'était pas si parfaite, certains de ses enfants étaient capricieux.  

« Ils iraient mieux à Lesbie, vous ne trouvez pas ? »

Lucrèce n'avait pas à s'émouvoir, pourquoi ne pas rebrousser chemin, et reprendre la promenade ? Cette pensée en tête, le jeune homme se redressa, et il tourna le dos. La fille cria, terrorisée, et elle tenta de se débattre. L'un la tient par la taille, un autre par les cheveux, et elle commence à pleurer. Elle parle dans une langue étrangère, et à ces mots rugueux, Lucrèce s'arrête. Lentement, il se retourne, ça a provoqué quelque chose en lui. Une émotion vive, endormie depuis si longtemps dans sa poitrine, que son réveil lui fait mal. Djéhouty mord sa lèvre, il ne sait pas quoi faire. Mais encore une fois, les mots rugueux de la fille sortent de sa gorge comprimée, c'est une supplication.

« Jupiter vous punira. »

Il ne sait pas ce qu'il se passe dans sa tête, un genre de folie, sans doute. Il s'est précipité sur la fille, il l'a arraché de leurs mains viles. Et ils le regardent, ces Romains condescendants se permettant tout. L'esclave mord sa lèvre, les questions fusent, son âme s'étire depuis son ventre. Elle lui écorche la peau. Les trois Romains se dressent devant lui, mais Djéhouty n'est pas petit. Il fait à peu près leur taille, mais il n'a pas tous leurs muscles.

« Qu'est-ce que tu veux, l'esclave ?
— Laissez-la.
— Ce sont les ordres de Lesbie, n'interviens pas. »

L'un se baisse vers la pauvre chose, il la prend par les épaules, et elle se met à chouiner. Un tremblement de terre l'ébranle, quelque chose dans sa bouche est amer. Il ne comprend pas, son poing s'est retrouvé dans le visage de l'homme. Cette fille, ça aurait pu être lui, s'il n'avait pas eu de la chance. Le silence tombe, on se regarde, choqué qu'un esclave oublie sa place. Finalement, les insultes fusent dans les oreilles de Djéhouty, ça ne fait rien, il tente de défendre la petite chose. Mais on l'attrape par les cheveux, et on le frappe. Lucrèce est peut-être romain de coeur, mais il ne l'est pas de sang.

Mécène l'a trahi.

« Auguste, je t'en prie...
— Je ne peux pas pardonner cela, sinon Rome me méprisera. »

Djéhouty tremble. Il n'arrive pas à s'arrêter. Il fait toujours aussi chaud, mais la tension dans son corps bouffe ses pensées. Il ne sait pas que Mécène a supplié maintes fois Auguste de le sauver, qu'il a réuni de grands noms pour le défendre, il ne sait pas à quel point il a échoué dans son entreprise. Tout cela pour un esclave ? S'est-on exclamé. Lucrèce se souvient des moments passés parmi les poètes, où quelques fois, ils consacraient leurs journées à jouer. Lorsque Mécène se lassait, Lucrèce le remplaçait, et jetait la balle sur Virgile, amusé par son oeil critique face à l'exercice. Lucrèce s'en souvient, et Djéhouty exècre. Les Romains sont tous les mêmes ! Ils ont tué sa Cléopâtre, et désormais, il doit faire face à son désir de justice. Lucrèce est plein de peine, il veut supplier Auguste de l'épargner, tandis que Djéhouty lui souhaite une mort affreuse. Mais pour le moment, elle Pluton l'attend.

L'esclave frotte son cou en sueur, Rome le menace. Partout où son regard chaud se pose, il ne voit que des milliers et des milliers de visages. Les gradins se lèvent autour de lui, comme pour l'emprisonner dans leurs bras, et l'étouffer. On est venu nombreux pour son exécution. On l'insulte, on profère des malédictions, et on attend le moment où il se fera tuer. Tout ça pour quoi ? Parce qu'il a voulu sauver une esclave qu'on voulait tondre pour donner des cheveux blonds à une pétasse romaine. Quel royaume décadent ! Djéhouty va vomir de haine à un moment ou un autre. Lucrèce se demande encore pourquoi il a fait cela.

L'amphithéâtre murmure que son heure arrive. Djéhouty est fébrile, il fixe le gladiateur face à lui. Il le dépasse, il est plus vieux, mais il n'a qu'une épée de merde pour se défendre ! Et il ne sait pas se battre. Longtemps, son arme a été les mots, son éloquence. Mais ici, c'est le fer qui a la parole. L'épée qu'il tient dans sa main tremble, elle n'aura pas la force nécessaire pour brandir la justice. Auguste se tient tout en haut, sa haute silhouette avale celle de Mécène. Il lève la main, l'amphithéâtre se fait aussitôt silencieux. Avide, on attend, sous le soleil ; à Rome, le malheur est un spectacle. Auguste n'affiche aucune expression particulière, comme si cette affaire l'ennuie. Il donne le signal, et le gladiateur fonce sur l'esclave. Avec un soupir, l'Empereur lâche à Mécène :

« Ne t'en fais pas, je t'en offrirais un autre.
— Tu... tu ne te rends pas compte du gâchis. »
La voix de Mécène vacille, de même que l'âme de Lucrèce.

Djéhouty esquive le premier assaut, la foule coupe son souffle. Son adversaire est plus fort que lui, il est plus jeune, et surtout, il est né dans le sang. Le fer s'est soudé à son âme, il ne peut pas s'en débarrasser ; c'est lui, le fer, le sang. Et tel Achille, le gladiateur pousse des cris inhumains, plongeant sur ce pauvre Hector de pacotille. Dès qu'il pare, il sent ses muscles se déchirer. Il ne peut pas le vaincre, c'est une certitude. Bientôt, la peur paralyse sa conscience. Le souffle de la foule devient lointain, il ne reste que la respiration sonore de son bourreau. Djéhouty a chaud, trop chaud, il peine à voir le gladiateur. La peau mate de celui-ci brille sous le soleil, alors qu'il pousse sur ses jambes.

« Auguste ! Je l'aimais celui-ci, pitié...
— Hum... fait l'Empereur, puis il remue la main comme pour chasser une mouche. »

L'esclave a mal dans les jambes, son corps entier respire la douleur. Le bourreau ne veut pas le laisser en vie, poussé par l'adrénaline, héros d'un autre genre, il veut le tuer. C'est sa raison de vivre, tuer. Le métal frappant le métal explose dans les oreilles de Djéhouty, l'espace d'une seconde, il croise le regard de son adversaire.

« Auguste ! Clame Mécène, si tu l'épargnes... »

Un regard chaud, aussi chaud que le sien. Un oeil acéré et marron, percé par une pointe dorée.

« Ce... ce regard... »

Le gladiateur repousse l'esclave. Djéhouty tombe en arrière, son crâne frappe contre le sable. Le bourreau est au-dessus de lui, son épée se dresse, prête à s'enfoncer dans sa gorge.

« Si tu l'épargnes, je deviens Consul. »

Auguste hausse les sourcils. Le gladiateur lui lance un regard, attendant l'ordre.

« C'est le mien, murmure Djéhouty. »

Mais alors que l'Empereur s'apprête à l'épargner, les paroles de l'esclave rendent fou le bourreau. L'épée s'enfonce dans sa gorge, profondément. Djéhouty sent sa froideur se planter dans sa chair, il aspire de l'air, sa voix commence un gémissement, mais elle s'arrête. Il écarquille les yeux, il fixe le ciel de Rome, alors que l'air s'arrache de ses poumons. Un son aigu vrille dans son crâne. Dès qu'il respire, il sent une affreuse douleur dans sa gorge, comme si quelque chose était coincé à l'intérieur, et l'empêche de reprendre son souffle. Du sang chaud coule sur sa peau foncée, sa bouche remue, alors que ce même sang tombe sur sa mâchoire. Un flot écarlate maculant une terre noire. Au moment où le gladiateur retire l'épée, il pense que la souffrance cessera, comme un mauvais rêve. Mais c'est pire.

Dans l'ombre d'Auguste, Mécène porte sa main à sa bouche. Il retint l'une de ses habituelles petites exclamations, il étouffe le chagrin frappant sa poitrine. Une larme coule sur sa joue.

Sur la face de l'esclave, c'est un véritable ruisseau qui coule. Il pleure de douleur et de peur, il pleure parce qu'il comprend que ce meurtrier, c'est son fils. Sa gorge est toujours obstruée par quelque chose, mais il se rend compte qu'à chaque fois que l'air brûlant de l'été rentre dans ses poumons, un trou s'agrandit. La souffrance est atroce. Le bourreau semble savourer sa victoire. Auguste soupire de déception.

Djéhouty agonise. Il ne sait pas combien de temps, exactement, il agonise durant une éternité. Son crâne est vide, seule la douleur reste, et elle se diffuse dans ses membres comme la peste. Ça dure longtemps, il pleure. En haut, la main d'Auguste retombe contre sa cuisse. Djéhouty tente de parler, mais le pied de son adversaire s'écrase sur sa poitrine. Il pense en fixant la tribune où se trouve l'ombre de l'Empereur :

« Mécène m'a trahi. »

Dans l'ombre de l'Empereur, Djéhouty croit voir un lapin noir.


Un mélange de tabac et d'urine le réveilla. Il ouvrit lentement les yeux, l'esprit embrumé par la douleur, il sentit une douleur aiguë dans son cou. D'abord, il ne comprit pas toutes les couleurs dansant devant lui. Les voix fusaient d'un peu partout, un brouhaha infernal, une peinture du grotesque. Il était allongé contre un mur, les doigts trempés dans ce qui ressemblait à de la pisse. Il grimaça de dégoût, ses yeux se promenaient sur ce décor inconnu. Il n'était pas seul à pourrir par là, il y avait d'autres personnes. Une mère serrant un enfant mort dans ses bras, des vieux à l'oeil mauvais vantant les mérites de leur marchandise humaine. Il hésita à se relever, il découvrait ce nouveau monde avec acidité. Il mordit sa lèvre inférieure, il fronça les sourcils, il plissa le front. Il faisait nuit, et devant lui, une ombre lui cacha le reste. Une femme brune s'était arrêtée devant lui, elle l'étudia un moment sans rien dire. Ses cheveux tombaient sur ses épaules, son regard marron était indifférent à la misère autour d'elle, il lui manquait un oeil. Elle avait les lèvres maquillées de rouge, et elle fumait du tabac dans un kiseru. Sa peau était plus claire que la sienne, mais plus sombre que celle des autres.

« Il semble encore vivant, celui-là. »

Elle soupira de déception. Au moment où elle se retourna, il lui attrapa la cheville. Elle expulsa la fumée, puis elle lui donna un coup de pied dans le bras. Il n'eut pas la force de gémir.
« Quoi ? »

Elle se baissa sur lui, elle l'attrapa par les cheveux. Elle avait plus de force qu'il ne l'avait imaginé. Elle rapprocha son visage du sien, et le força à se redresser un peu. Elle avait les sourcils épilés, très fins, partant comme des accents circonflexes jusqu'à ses tempes. Les joues creuses poudrées de rouge, et la paupière bleue. Du khôl soulignait son regard, le rendant plus féroce. Elle prit une longue inspiration, elle cracha encore de la fumée sur lui, on aurait dit qu'elle prenait plaisir à l'humilier.

« C'est quoi ton nom ? »

Il réfléchit, longtemps lui parut-il. Il avait la sensation de se réveiller d'une profonde gueule de bois. En fouillant dans son crâne, en trouvant le peu de pensées sensées dedans, il articula :

« Lucrèce.
— C'pas un nom de femme, ça ?
— Je ne sais pas. »

Elle lâcha ses cheveux. Elle le prit par la peau du cou, et le força à se relever. Il n'y avait pas la moindre douceur dans ses gestes. Elle était petite avec des hanches larges, une poitrine gonflée dans un corsage noir. Elle portait des bottes à lacets, avec un talon très haut. Elle lui tourna le dos, elle lui fit signe de le suivre. Elle roulait des fesses, lorsqu'elle marchait, posant un regard rude autour d'elle. Lucrèce aurait dû s'émouvoir de la misère autour d'eux. Les gens crevaient, comme des mouches, les enfants pleuraient de faim, et des types louches ramassaient quelques personnes. Pour lui, ça avait été cette femme. En portant le kiseru à ses lèvres, elle lui jeta un regard d'ailleurs. Condescendante, elle pesa le pour et le contre ; elle admira ses épaules, sa mâchoire carrée, ses cheveux bruns et ondulés, son oeil marron percé d'une pointe dorée.

« Je suis Béatrice, l'informa-t-elle. Tu seras mon esclave. »

Lucrèce ne la contredit pas. Le monde dans lequel il était plongé était si étrange qu'il préférait être sous la protection de quelqu'un ; il savait s'adapter.

Il l'ignorait, mais encore une fois, il changeait de maître. Qu'importe l'univers qu'il parcourait, il restait un esclave. C'était dans son sang.

Ce fut Béatrice qui introduisit Lucrèce à ce monde détraqué qu'était Wonderland. La zone où ils trouvaient appartenait à un personnage qui se faisait appeler « L'Ombre ». Un être mystérieux peinant à tenir debout, éternellement encapuchonné, si bien qu'il était difficile de savoir à quoi il ressemblait. Elle lui raconta tout ce qu'elle savait, les divers conflits du pays, ce jeu bizarre auquel elle-même participait. Béatrice vivait dans sa boutique, située dans les beaux quartiers de Nain-Vert-Land. Elle le poussa à l'intérieur de son petit royaume, où une forte odeur d'encens pénétra aussitôt les poumons de Lucrèce. À cela se mêlait le parfum de l'humidité, et elle se présenta comme étant la Reine. Et une Reine avait besoin d'un esclave ; la précédente s'était enfuie. Elle le mit en garde, elle détestait lorsqu'on désobéissait à son autorité. Elle parlait fort, comme pour s'assurer elle-même de son rôle ; elle tournait autour de lui, commentant sa tenue ou son visage. Elle le trouvait laid avec sa peau foncée, elle avait rarement vu cela ! Comme elle l'avait trouvé, et sans doute sauvé, il lui devait une totale soumission. Heureusement pour lui, Lucrèce s'accommodait de tout ; quelque part en lui, ses racines d'esclaves dormaient. Il accepta la domination de Béatrice, et la laissa jouer avec son existence selon ses envies. C'était une femme capricieuse, appréciant le pouvoir qu'elle exerçait sur lui. Toutefois, elle se pensait superbe avec son maquillage à outrance, ses hanches larges, et ses divers corsets qu'elle faisait elle-même. Tous les jours, alors que Lucrèce lui peignait sa chevelure sombre, elle lui demandait :

« Dis-moi, as-tu déjà rencontré plus jolie femme que moi ?
— Oui, répondait Lucrèce d'une voix laconique. »

Dans le miroir, il voyait la face de Béatrice s'assombrir, elle mordait sa lèvre de colère. Avec un sourire charmant, il ajoutait :

« Elle m'a tendu la main, et je lui dois tout. »

Elle lâchait alors un « humpf », et elle le chassait d'un geste méprisant de la main pour réajuster son corset. Les compliments qu'elle arrachait de sa bouche, avec ses serres de harpies, jamais Lucrèce ne les pensait. Cependant, il savait parler, il savait charmer avec sa voix grave, et avec ses mots ; il choisissait comment s'exprimer, changeant son numéro s'il s'apercevait que cela ne plaisait pas à sa Maîtresse. Il construisait l'image du parfait esclave, presque amoureux de sa despote, afin de lui convenir. Béatrice était un être complexe et capricieux, elle pouvait parler comme une roturière, et comme une véritable reine. Souvent, elle mordait son pouce manucuré de colère, fusillant Lucrèce de son regard. Elle perdait souvent l'esprit, elle devenait furieuse sans aucune raison. Elle prenait alors un parfum de sa boutique, et le jetait sur lui, comme si elle espérait que le liquide fasse fondre sa peau. Lucrèce garda un moment son sang-froid, mais il se lassa d'elle au bout d'un moment. Après deux ans à servir cette femme, il craqua. Entre temps, il s'était imprégné de la folie ambiante de Wonderland. Son rôle de gentil esclave se fissura, et sa carapace fut perforée par la haine. Il avait pensé pourtant pouvoir aimer Béatrice. Mais plus elle l'accusait, plus il avait envie de la tuer.

« Petit con ! Cria-t-elle. »

Devant la boutique, Lucrèce était en train de poser leur nouvelle enseigne qu'il avait peinte lui-même. Son esprit maniable apprenait vite ; il avait écrit en lettre gothique « Par-où-on-fume », il avait ajouté autour du nom des fumées colorées sortant d'une bouche rouge. En frappant dans ses mains, Béatrice l'avait trouvé superbe, et maintenant, elle le trouvait de mauvais goût. Dans ses disputes, dans les insultes qu'elle lui crachait sans raison, il y avait un certain plaisir. Sa tyrannie explosait dans sa poitrine écrasée dans le corset, alors pour satisfaire ce petit plaisir, elle crachait :

« Petit con ! »

Elle le prit par le bras, et le força à rentrer dans sa boutique. Elle claqua la porte, et elle puait le tabac. Elle jeta son kiseru sur le sol, et elle lui donna une gifle. Jamais à se plaindre ! Toujours obéissant ! Elle attendait le moment, où il se rebellerait pour le castrer, tiens ! Béatrice détestait les hommes. Lucrèce accepta sa gifle, pensa-t-elle, mais lentement, il tourna vers elle une figure pleine de hargne. La patience de l’esclave s'était fissurée. Le soir tombait derrière les vitrines de la boutique, les passants devenaient des ombres s'étendant devant eux. Au bout d'un moment, Lucrèce avait compris qu'une vie de servitude le répudiait. Il avait envie de posséder Béatrice, et de la ranger parmi les plus jolies choses. En découvrant Wonderland à ses côtés, Lucrèce commença à avoir du goût pour les bizarreries. Bien nombreuses en cet univers détraqué ! Et là, alors qu'il posait sur elle un oeil haineux, il se voyait déjà propriétaire de cette boutique. Des mois d'humiliations avaient lacéré ses nerfs.

« Eh quoi ? Cracha sa Maîtresse. »
Lucrèce ouvrit la bouche, mais il retint le « pétasse » qu'il pensa très fort. Béatrice s'avança vers lui, trop heureuse d'apercevoir un tel regard, et elle tenta de le saisir par les cheveux. Lucrèce lui attrapa le poignet, il la poussa contre la caisse. La femme poussa une petite exclamation de douleur, et elle murmura :

« Comment oses-tu sale... »

L'esclave voulait devenir Empereur.

La bataille fut plus facile qu'il ne l'avait songé. Tellement de fois, il l'avait tué dans ses rêves. Il la plaqua contre le sol, il posa ses doigts sur sa gorge, et il la serra. Tellement simple ! Béatrice se débattit, son teint vira au bleu, et elle griffa l'air en chouinant. La despote retrouvait une place de choix. Lucrèce prit plaisir dans cet acte, il s'émancipait de son autorité bancale, et alors que sa poitrine se levait et se baissait, il la relevait pour lui éclater le crâne contre le plancher. Sa tête bougeait comme une poupée de chiffon, alors qu'il recommaçait, emporté par un élan furieux de son âme. Il souriait, tandis que les yeux de sa Maîtresse se fermaient. Le silence se fit dans son crâne, il crut que la réalité se jouait de lui, et que tout n'était qu'un rêve. Ses doigts enfoncés dans la chair tendre de son cou se détachèrent lentement ; il avait mal dans les mains, tant il avait serré fort. En sueur, le coeur battant de joie, il essuya son front, et chassa ses cheveux bruns s'agglutinant devant son regard. Sur le cadavre de Béatrice, Lucrèce admira son oeuvre.
Des marques zébraient le cou de la femme, sa bouche rouge était entrouverte, mais n'aspirait plus le souffle de la vie. Quelle quiétude s'empara de lui ! Lucrèce alors songea que morte, elle était belle. Bien plus belle. Sa voix pénible ne résonnait plus dans ses oreilles, elle lui était totalement offerte, incapable de se défendre. Avec un sourire, Lucrèce se pencha sur elle, il baisa les marques qu'il avait laissées. Il lécha le coin de ses lèvres, son estomac se contracta d'excitation. Il pourrait la baiser autant qu'il voulait, souiller son corps désarticulé, jamais elle ne pourrait se défendre ! Il tira son corset jusqu'à entendre un craquement, et il plongea sa main à l'intérieur. Pressés entre le vêtement et ses seins, ses doigts caressèrent sa peau, et se plantèrent dans sa poitrine. Le corps de Béatrice ne réagit pas ; à lui, elle était désormais toute à lui. Il lui arracha presque sa botte, et il toucha son petit pied, semblable à celui de Cendrillon. Le plaisir remuait ses entrailles, Lucrèce ne pouvait pas lutter. Il déchira son jupon.

Le lendemain, l'enseigne de la boutique fut enlevée, et elle resta fermée un moment.
Posséder. Lucrèce voulait tout posséder.
Les femmes, les hommes, les enfants, les cadavres. Tout au monde qui plairait à son palet d'esthète.

Pendant quelques années, Lucrèce parcourra Wonderland. Arrachant les merveilles qu'il trouvait, enlevant les beautés qu'il croisait. L'une de ses trouvailles les plus extraordinaires fut une tortue façon tête de veau au regard apathique, et parlant beaucoup. C'était toute sa personne qui était singulière, alors il la tua, et avec sa salive, il la conserva tel qu'elle. Il revenait dans la boutique pour entreposer toutes les merveilles de Wonderland qu'il cachait dans la cave, en compagnie du cadavre de Béatrice, souillé. Il voulait tout posséder. Les hommes, les femmes, les choses. Ses voyages s'arrêtèrent finalement, lorsque lassé, l'ancien esclave jugea qu'il n'y avait plus rien pour l'étonner. Il avait dénudé Wonderland, il avait plongé sa main dans ses entrailles, et il avait retiré les tripes les plus belles. La boutique de Béatrice devint un superbe endroit, où il décida qu'il ne pouvait pas garder pour lui les trésors de ce monde. Il devait les exposer, les exhiber aux autres, et son ambition grandie, elle grandit ! Ainsi Lucrèce ouvrit le Cabinet des Curiosités. Un salon renfermant tout ce qu'il aime et expose à tous. Mais cela ne lui suffit pas.

L'esclave voulait devenir Empereur.

Lucrèce avait conscience que son salon ne pourrait plus contenir ses richesses, s'il continuait. Il se rappela soudain qu'après avoir gratté la poitrine de Béatrice de ses ongles, il avait retrouvé une carte dans son corsage. Son ambition d'être un jour Reine s'était cristallisée dans la main de l'homme. Il avait envie de posséder, toujours plus, tremblant d'excitation à cette idée. Wonderland ne lui ressemblait pas assez, il devait prendre le pouvoir. C'est ainsi qu'il est devenu un participant au Jeu de la Folie. Son ambition avait grossi dans son ventre, et en apportant à l'Ombre quelques cadeaux — il faut toujours bien se présenter, n'est-ce pas ? —, il obtint l'autorisation de jouer à son tour. Posséder, il voulait tout posséder, même les âmes.

« Bienvenue ! Entrez, entrez ! Et laissez chez moi un peu de votre bonne humeur. »

Lucrèce sourit, les coudes posés sur son comptoir, à l'enfant qui eut l'imprudence d'entrer sur son territoire. Les mains jointes, il posa son menton dessus, et il observa le garçon poser un regard intimidé sur ses expositions. À ses vêtements, l'homme détermina qu'il vivait le plus clair de son temps dans la rue, et que c'était sans la moindre information qu'il avait pénétré dans son cabinet. Avec un regard bienveillant, il l'étudia en train de marcher et s'arrêter quelquefois pour contempler le cadavre de la tortue façon tête de veau accroché au mur. Qu'il était moche, ce môme ! Songea-t-il sans se dépareiller de son sourire. Roux. Bêh ! La seule chose de notable, c'était ses yeux dont la couleur lui rappelait des améthystes. Des yeux rares, à l'éclat brillant, qui le subjugua brusquement. L'enfant devait avoir douze ou treize ans, il ne se tenait pas droit, et avec innocence, il demanda à Lucrèce :

« M'sieur, vot'collection, elle se finit là ?
— Bien sûr que non, mon jeune ami, s'exclama alors le gentilhomme. »

En prenant la canne posée contre son bureau, Lucrèce se leva. Amical, il posa sa main dans le dos de son client, et l'encouragea à emprunter un couloir situé derrière son bureau. Ils traversèrent un couloir, où on pouvait voir des papillons dans des cadres, certains semblaient encore vivants. L'enfant paraissait s'émerveiller de tout et de rien, chose plaisant à Lucrèce. Sa canne frappait contre le plancher, elle était blanche et noire. Ce qui servait de pommeau, c'était une main décharnée à laquelle la sienne se liait férocement. Le garçon la regarda d'ailleurs, et à travers sa paume, Lucrèce le sentit frissonner. Délicieux. Ils prirent un escalier, la main de Lucrèce s'accrochait à l'épaule du roux, alors que la lumière dévoilait ses autres merveilles. Des ombres tordues se déployaient depuis le ventre de la cave, le garçon remarqua qu'il y avait quelques objets « hérétiques » exposés, comme du fil de fer, des moteurs, ce genre de choses qu'insupportait l'Ombre.

« Une poupée ! »

L'enfant se précipita vers une poupée à la peau foncée. Il colla son nez contre la vitre, et il observa sa chevelure sombre descendre sur ses épaules. De la poudre cachait des masques de strangulations, Lucrèce revint poser sa main sur l'épaule de son jeune client. Un sourire aux lèvres, il lécha sa lèvre inférieure, lorsqu'il vit le reflet du garçon se briser de torpeur dans la vitrine. Lucrèce se pencha, il lui désigna alors le bras gauche de la femme, et le garçon remarqua son absence. Béatrice reposait ici, dévoilée au regard de ses clients, certains se retrouvaient renversés d'excitation devant sa beauté. Les doigts de Lucrèce grimpèrent dans la nuque du garçon, l'éclat de son oeil brillait dans la vitrine. Un regard si beau pour un visage si laid ! Déplorait le collectionneur.

« M'man m'attend pour...
Il faut payer pour visiter mon salon, le coupa doucement Lucrèce. »
Lucrèce se demanda alors si le garçon accepterait de lui donner ses yeux comme prix de son entrée dans le Cabinet, s'il mettait toute son énergie à servir son éloquence. Toutefois, il se détacha de son emprise. Ses petites jambes tremblantes foncèrent sur les escaliers. Lucrèce soupira, et il jeta un regard attristé à Béatrice, dont le cou était toujours taché d'un liquide blanc qu'il peinait à enlever. Assuré de sa victoire, le prédateur s'avança en direction de l'enfant, et avant même qu'il ne puisse rejoindre l'étage, il lui donna un coup de canne dans les reins. Avec une exclamation de douleur, il écrasa son menton contre la marche, alors que l'ombre de Lucrèce grossissait, elle l'avala.

« Aah... qu'il est muet ! Se plaignit l'homme en portant une tasse de thé à ses lèvres. »

Assis à une table, face à son nouvel ami, il dégustait un thé noir bien corsé. À ses oreilles pendaient deux boucles d'oreilles d'or qu'il mettait dans les grandes occasions. Elles se balançaient doucement, alors qu'il continuait à boire son thé, faisant la conversation à son invité de fortune. Il caressa du bout des doigts la pupille améthyste, et il se releva. Il s'avança vers l'enfant avec sa canne, il avait envie de fumer. Il se plaça derrière lui, il prit sa main et l'agita dans tous les sens. Il portait une robe défraîchie ayant appartenu à Béatrice ; elle n'était pas conviée aujourd'hui, elle ne lui en voudrait pas de cet emprunt. Finalement, Lucrèce arracha l'enfant à sa chaise. Il observa la laideur de ses cheveux roux, mais désormais que ses yeux étaient à ses oreilles, il lui trouvait plus de beauté que la première fois. Ses orbites vides étaient colorées de jaune (son pouvoir de conservation demandait parfois des humeurs spéciales, comme l'urine), et la tête pendait sur le côté. Une main sur la taille de son convive, il prit l'autre, et il commença à tourner dans les sens en chantant :

« Solomon Grundy né un lundi, baptisé un mardi, marié un mercredi, malade un jeudi, à l'agonie un vendredi, mort un samedi. Enterré le dimanche, ainsi... »

Lucrèce avait balancé en arrière son partenaire, si bien que sa tête après avoir pendue dangereusement sur le côté, tomba et roula sur le plancher. En fronçant les sourcils, Lucrèce se pencha vers le corps sans tête et fit sur un ton joyeux :

« Voyons mon ami, on dirait que tu as perdu la tête ! Hihi... »

Il prit d'ailleurs celle-ci dans ses mains gantées, il enfonça son pouce dans l'orbite vide du roux. Toutefois, il s'arrêta, et la lâcha en entendant la porte du haut s'ouvrir. Il la laissa à nouveau tomber, puis il se dépêcha de monter en songeant que son pouvoir était parfois défectueux. En se postant devant son nouveau client, il s'exclama sur un ton joyeux :

« Bienvenue ! Entrez, entrez ! Et laissez chez moi un peu de votre bonne humeur. »




Derrière l'écran


.: Comment êtes-vous arrivés ici? : Hum-hum.
.: Quelque chose à nous dire? : Je suis naze pour trouver les particularités .-.
.: Avatar : Tyki Mikk de D-Gray Man.
.: Rang désiré : Le Collectioneur des Curiosités.



Dernière édition par Lucrèce le 13/3/2015, 02:08, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    10/3/2015, 22:51

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Please, call me beast...
Bienvenue sur le forum! o/

Tikky en vava ... *w* et un début de fiche bien intéressant, j'ai hâte d'en lire plus! Bon courage pour ta fiche!
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MessageSujet: Re: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    12/3/2015, 16:18

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Le Collectioneur des Curiosités


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Age du personnage :
C'est un secret ♥
Pouvoirs / Particularités :
Pouvoir : Grâce à ses humeurs corporelles, Lucrèce peut conserver les cadavres. Particularité : l'espace d'un baiser, Lucrèce patage ses pensées avec l'autre.
Origine :
Rome antique.
Orientation sexuelle :
"Par devant, par derrière, de toutes les manières..."
Habitation :
Le Cabinet des Curiosités - Nain-Vert-Land
Fiche de personnage :
La curiosité est un bien joli défaut
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Lucrèce
Le Collectioneur des Curiosités
Et voilà, j'ai terminé !

Je m'excuse de la longueur de la fiche >< mais le contexte historique est assez épais, même si je l'ai quelque peu fantasmé ^^

Je vous souhaite une agréable lecture !


Something Wicked (That Way Went)
Ladies and gentlemen, boys and girls,
Have we got a special treat for you tonight:
Step right up and marvel at the Oldest Gypsy Witch.
Her eyes sewn shut, but she's not blind! She sees your every wish!
       
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MessageSujet: Re: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    12/3/2015, 20:26

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✖ The Oogie Boogie Fairy ♥


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Troll
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Hoplà, j'en suis venu à bout! o/

Très jolie fiche, et malgré la fatigue la longueur ne s'est pas sentie, j'ai beaucoup aimé et j'ai hâte de voir ton personnage en RP. \o/ Du coup... *copy/paste*

Félicitation, ta fiche est validée!

Hell'come, te voilà officiellement membre du forum! Désormais tu ne pourras plus partir.... MUAHAHAHA!
Maintenant que tu es ici chez toi penses à recenser ton avatar, ton pouvoir et ton personnage, si ton personnage est inspiré d'un personnage de fiction ou ayant existé. Aussi, tu pourras demander une maison, ou encore chercher des copains pour RP.
Et puis c'est tout, j'espère que tu te plairas parmi nous, n'hésites pas à voter sur les top-sites et à nous faire de la pub autour de toi!
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MessageSujet: Re: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    12/3/2015, 21:31

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Carol Warren
Catin Sentimentale ♥
yoooooolooooooooooooooooooooo

je te suuuurvivraiiii ~
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MessageSujet: Re: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    13/3/2015, 02:16

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La curiosité est un bien joli défaut
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Lucrèce
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Hihi, merci bien ♥

Carol : ne t'en fais pas, ça arrivera plus vite que tu ne le penses : D

Note : j'ai changé deux, trois incohérences.


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MessageSujet: Re: Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.    



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Lucrèce - la Curiosité est un bien joli défaut.

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