Limites et déchirure [PV Komui Lee]




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MessageSujet: Limites et déchirure [PV Komui Lee]   29/9/2015, 02:34

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Cœur tendre


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Cœur tendre
Cela faisait plusieurs jours qu’on lui avait laissé un cœur à réparer, encore un, avec un tel désespoir dans le regard qu’il s’était senti obligé de te mettre au travail sitôt ton client parti. Il n’avait que peu mangé, peu dormi, laissant des traces plus ou moins flagrantes se peindre sur ses traits fins, soulignant ses yeux de deux traces violettes qui ternissaient l’éclat de ses yeux sombres. Comme d’habitude, il ne s’en souciait guère, tout entier pris par son travail, ses doigts se déplaçant agilement et avec une attention toute particulière sur le réceptacle déchiré posé sur le bois de son plan de travail.

Relevant ses lunettes de protection sur son crâne, Ank jaugea d’un regard expert le travail qu’il avait accompli jusqu’alors. Ce n’était pas encore suffisant, il le savait, et pourtant, il ne pouvait s’empêcher de sourire en voyant son avancée. Avec un peu de chance il pourrait peut-être prévenir son client en avance.

Son sourire s’effaça pourtant rapidement lorsqu’il vit ce qu’il lui restait à faire, et surtout, avec quels moyens. Comme de trop nombreuses fois, ce cœur n’avait plus certains composants essentiels dans le développement de certains sentiments comme ceux de la confiance ou de l’amour. Doucement, le petit réparateur caressa le réceptacle qui frémit tranquillement sous ses doigts. Une nouvelle fois, il se devait de peser le pour et le contre de ce qu’il s’apprêtait à faire. Mais Heart, Heart, petit Heart, ta décision n’était-elle pas déjà prise ? Qui diable pouvait t’arrêter lorsque tu mettais le bien-être d’un de tes clients dans une des balances ? Personne, pas même toi, hélas pour toi, hélas pour ton propre cœur que tu sacrifiais sans hésiter aux autres.

Quelques secondes de réflexions furent pourtant nécessaires cette fois. Signe sans doute qu’il commençait à prendre un peu plus en compte ce qu’il ressentait. Et puis… Un instant, son esprit s’était tourné vers le drôle de vendeur qu’il avait rencontré quelques semaines auparavant et qu’il continuait à voir avec plaisir. Que dirait Komui s’il le voyait faire ? Sans doute rien de bon, Ank avait l’impression que cette idée même révolterait le chinois plus qu’autre chose. Alors, de peur de perdre cette amitié qu’il chérissait tant, et sans doute trop, il n’avait rien dit de tout cela à l’homme qui l’avait accueilli plus d’une fois avec le sourire, comme d’habitude, même si une certaine prudence avait réussie à s’immiscer dans ses gestes qui restaient malgré tout toujours trop dangereux.

Malgré tout, son choix était désormais fait. Poussant un léger soupir, Ank ferma les yeux légèrement avant de les rouvrir, laissant voir une volonté de fer alors qu’il amenait sa main droite à sa poitrine.

Il n’eut pas le temps d’enfoncer ses doigts dans sa poitrine. Un déclic se fit. Horrible, douloureusement horrible, comme si quelqu’un ou quelque chose s’amusait à le déchiqueter de l’intérieur. Heart pâlit brusquement, ses mains accrochant sa tenue de travail alors qu’un faible gémissement, presque inaudible, sorti de ses lèvres devenues blanchâtres. Son cœur loupa un battement puis deux, puis trois, le faisant s’écrouler à terre derrière son atelier, abandonnant son ouvrage dans un fracas digne du tonnerre. Des spasmes agitaient son corps alors qu’il essayait désespérément de prendre de l’air, son cerveau ne comprenant pas ce qui lui arrivait, refusant de voir l’évidence alors que la terreur et la douleur s’avançaient dans ses membres, triste couple macabre laissant sous leurs pas glacés des lésions invisibles, arabesques empoisonnées venant paralyser le petit réparateur qui sentait sa conscience s’effacer peu à peu.

Des larmes noires et désespérées se mirent à glisser sur ses joues pâles alors qu’il se recroquevillait à terre, perdu, subissant en silence les brisures s’étendant sur son petit réceptacle fragilisé par des années de réparations insensées. Et oui petit chat, à trop vouloir te sacrifier pour les autres tu t’oubliais toi-même et te précipitais chaque jour un peu plus contre un ravin plus dangereux que n’importe quel coup de lame. Car si tu te moquais d’être battu par un client ou de perdre la vie sous les coups d’un autre, quand bien même cette possibilité te fasse, malgré tout, frémir, jamais tu n’avais pu imaginer le scénario qui se présentait pourtant face à toi. Tu mourrais de tes propres mains, de manière implacable, te traçant un destin malheureux et mortifère, abrégeant ta vie pour les beaux yeux des autres.

Une première perle se fracassa à terre. Puis d’autres suivirent, s’écrasant dans un fracas de cristal sur le plancher en bois de ta boutique. Doucement, ton corps se retrouva encerclé de ces petites billes sombres, comme si une mer de ténèbres venait tendrement s’échouer contre tes muscles tremblant, les embrassant pour mieux leur arracher leurs forces, fausse mère, amante mortelle qui désirait te faire sombrer dans ses bras d’encre de chine et t’y noyer afin d’étendre dans ton corps les dessins alambiqués qu’elle dessinait sur ta peau caramel.

Un gémissement plus plaintif encore sortit des lèvres craquelées du brun. La douleur ne cessait pas, bien loin de là, et la lueur qui s’échappait de son torse semblait teindre ses vêtements d’une immense fleur sanglante, rappelant par sa couleur le liquide vital que la reine de cœur aimait tant faire couler lors de ses festins et jeux funestes. Ses doigts eux-mêmes semblaient être teints de cette couleur macabre. Pourtant, tu n’étais pas blessé, du moins pas physiquement. Non, ici, c’était ton âme qui hurlait à la mort, transpercée par un mal que tu avais refusé de voir, le laissant grandir dans l’ombre de ton aveuglement volontaire. Et ce rouge qui s’étendait sous tes paumes étaient à l’image de ces sensations qui te rongeaient, profond, violent et semblant sans limite.

Ank sentit lentement ses forces partir, comme si elles le fuyaient, effrayées par cette douleur qui semblait vouloir le consumer jusqu’au bout. Sa respiration se fit plus faible, sa volonté moindre. Il ne voulait pas que cela se finisse ainsi, mais perdu comme il l’était, il n’arrivait même plus à trouver la force de se battre pour rester éveillé. Son cœur battait toujours, douloureusement, mais battait toujours, survivant à cette nouvelle et violente déchirure qui avait manqué de l’achever à jamais.

Ses yeux se fermèrent au moment où la clochette de l’entrée tinta joyeusement, offrant un contraste saisissant avec le spectacle que tu offrais, ainsi allongé au sol, pâle dans ton lit de perles sombres. Tu ignorais qui venait de franchir la porte et au fond, quelle importance ? Ton esprit s’était retranché loin derrière ses rêves et l’inconscience, larguant les amarres loin de ce corps qui te faisait tant souffrir, tes mains toujours accrochées à ta poitrine. La jeune femme qui venait d’entrer t’observa quelques secondes en silence, les mains plaquées sur sa bouche, avant d’aller courir dehors chercher de l’aide, paniquée, dérangeant par son geste l’habituelle tranquillité des rues de Wonderland…
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MessageSujet: Re: Limites et déchirure [PV Komui Lee]   19/10/2015, 01:46

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If we could start again, Would it change the end?


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Komui Lee
If we could start again, Would it change the end?
L'inconnu. Enfermé derrière une porte. Qui étend une main contre le bois translucide de celle-ci comme voulant effleurer  ma main, la saisir puis l'entraîner dans une valse effrénée dont on sent les pulsations faire vibrer doucement son bois. Cet inconnu derrière la porte a mon visage. Et dans ma main sa clé. Face à moi la serrure de la porte. A moi de le libérer ou l'enfermer à jamais.Il en revient de ma responsabilité. Et lui me le murmure désespérément, m'implorant. Il a une étrange voix familière, que je ne m'explique pas....Une voix que j'ai déjà entendue auparavant.... Mais d'où ? Impossible de me rappeler.. Ce souvenir semble avoir été effacé de ma mémoire....Comme s'il ne voulait pas que je le retrouve en moi.. Comme si son identité me ferait fuir....Pourtant.... Ce visage est le mien.. Il n'y a rien d'absurde, d'horrible.. C'est une part de moi qui danse au son d'une lueur inconnue....Qui vibre sous des auspices inconnus....Des auspices qui m’appellent pour que je les libèrent, comme les vents d'Eole enfermés dans leur urne ont supplié les hommes d'Ulysse pour qu'on les libère.... Ou du moins de ce que je crois me rappeler de l'Odyssée... Peut être est ce inexact.. Mais oui, bien sûr que ça l'est.. C'est la cupidité humaine la cause de leur libération.. Et derrière cette porte, c'est peut être bien ta propre cupidité.. Car tu es comme tous les humains, Komui... Tu ne vaux pas mieux.. Malgré tes tentatives de jouer l'ange.. Tu n'es qu'un assassin aux mains couvertes de sang.. Dont les lèvres ne peuvent chanter que cette chanson qui te hante.. Impuissance, impuissance, tu t'agites dans tous les sens.. Et une fois de plus, tu l'es, derrière cette porte.... Et je me recroqueville sur moi-même, hanté par le poids de mon âme.. Je ne vaux pas mieux... Ce serait bien trop présomptueux au fond.. Mais je suis pire que l'humanité toute entière. Pas le droit au bonheur, pas le droit de  m'attacher parce que je vais encore blesser....Reste à ta place... La place attribuée. Aider. Pas plus.

Qu'est ce que ses pensées ? Tu commences à penser comme l'ancien Ank....Tu as le droit de t'attacher.... Si, tu as le droit.. Mais tu n'as pas le droit d'obliger les autres à te rendre leur affection.. Tu n'as pas le droit de leur infliger ça.. Ce qui revient au même, au fond.. Tu n'as pas le droit d'exiger une affection que tu ne mérites pas....Pas le droit au bonheur.. Et pourtant, pourtant...
« Je voudrais être heureux..... »
Un murmure,se répand dans la pièce.. Il ne vient pas de mes lèvres.. Oh non pas du tout....Il vient des siennes... Et je redresse mon regard baissé pour le poser sur mon double, qui me regarde tristement. Et son visage me redevint familier. Mon propre cœur. Ce cœur qui s'agite sous la surface, depuis quelque temps. Depuis un certain jour où il a supplié pour se libérer..Et a réussi.... Il prend de plus en plus de force et ce n'est pas bon....Surtout, qu'il est injuste. Nous sommes déjà heureux, même si ça me fait mal de devoir accepter ce sentiment moi qui ne le mérite pas le moins du monde...Quel bonheur pourrait-il vouloir de plus ?  Et je le regarde de l'air le plus méprisant que je puisse trouver et apporte ma main à la serrure, résolu à l'enfermer pour toujours....Et lui me sourit tristement... Murmurant..
« Comme d'habitude.... Tu ne changeras jamais..
-Je n'ai pas le droit de changer, tu sais.. Je murmure en retour. Mes mains sont trop tachées de sang....
-Ou le crois-tu.. Mais d'autres te le diront.... »
Un nouveau murmure encore plus bas. Qui me fait relever le visage qui s'était penché sur la clé que je tenais, que je m'apprêtais à tourner... Un murmurer qui suspend mon geste, m'amène à le regarder surpris.. Et lui qui me sourit, radieux d'un secret que j'ignore... Puis qui fond en lumière.....

...Alors que la lumière du jour fondait sur mon visage, lumière qu'un mouvement de vent d’une fenêtre laissée ouverte avait révélé par un pan de rideau déplacé....Et me fit grogner.. Foutue lumière... Qui me tirait de ce rêve... Récurent, depuis quelques temps.. Mais dont je ne connaissais jamais la fin... Qui ne prenait jamais de sens...Je me réveillais toujours avant.. Mais peut être était-ce mieux, en fait, que je ne la vois pas ni n'en comprenne le sens....Un frisson me parcourut.. Non..En effet, il valait mieux que cela reste sans sens.... Je ne devais pas me laisser aller à ses réflexions.. Et il était bien mieux, oui bien mieux que j'ignore le sens de ce rêve... J'avais l'étrange et durable impression que sa réponse ne me plairait pas..... Qu'elle ne ferait que nuire à mon masque.... Que mon masque en hurlerait.... Car il avait raison sur une chose... Personne, non personne ne dirait que je n'étais pas un assassin.... Quand ils le sauraient.. Mais je n'en dirais rien.... Lâcheté de mon cœur et de mon masque. Peut être par peur de perdre ce qu'on m'a donné. Même très sûrement. Cœur qui sait très bien ne jamais être apprécié si on savait la vérité. Cœur qui voulait se racheter... Mais cœur qui se trahirait si les liens devenaient trop forts car cœur droit refusant d'être apprécié pour ce qui n'était pas totalement lui.... Ce qui se produirait si je me laissais aller... Si je laissais l'amitié que les gens éprouvaient pour moi devenir trop forte voire changer de nature... Je n'avais pas le droit de m'attacher plus que de raison aux autres... Car après tout j'étais un assassin.. Cette pensée crispa mon cœur comme les souvenirs de tous mes morts...Suivi par tous les gens que j'avais abandonné... Avec en tête d'eux... Le sourire radieux de ma petite sœur....Qui me sourit encore, effleura ma joue... Et l’écorcha, y laissant des traces de sang.. Que je savais fictives.. Mais je méritais cette marque invisible.. Dont tout mon corps était zébré, intérieurement....Un corps entièrement zébré, de la tête aux pieds, aux mains couvertes de sang mêlée.. Le mien et celui de toutes mes victimes....Que je devais porter.. Toutes ses blessures qui se mariaient derrière un masque qui souriait.. Et devait vivre avec.....
Et qui me fit inspirer profondément, calmement, la main crispée contre mon cœur. Laissant les mauvais souvenirs petit à petit regagner leur boîte à musique que ce rêve avait réveillé....Ce n'était pas les ressasser qui me ferait avancer....Puisqu'il fallait repartir.

Et un sourire menteur se dessina sur mes lèvres, un de ses sourires de théâtre comme j'en avais l'habitude tous les matins depuis le début de ces rêves.....Il était temps de remettre un pied devant l'autre, aborder une nouvelle journée loin des miens.. Encore combien de temps sans vous ? Est ce que cette attente durera toujours ? Oui sûrement... Car c'est là ma punition et ma chaîne... Et mes pas quittèrent le lit emportant avec eux mon drap que j'enroulais autour de moi avant que ma main ne se déposa sur le carreau de ma fenêtre effleurant les lumières venues du dehors qui traversaient le carreau pour rendre visite à une âme en proie à la solitude et les regrets....Une âme qui il y avait déjà un certain temps s'était retrouvée crucifiée sur ce même verre, puis avait plongé dans un masque ... Qui s'était écroulé, l'espace d'un instant, puis s'était rebâti, doucement mais sûrement....Tout autour de l'ange qui l'avait écroulé... Facilitant certaines choses, en compliquant d'autres.... Petit à petit la gêne avait glissé, disparu, puis s'était changé en espèce de quiétude quand j'étais avec lui....Comme si mes angoisses perdaient leurs sens à ses côtés.....En cela rien d'étonnant.. Le masque avait juste sûrement opéré une espèce de transfert, une capacité d'effacer de peur de le gêner tout ce qui m'angoissait....Ou Ank suffisait à me faire oublier tous mes tourments, tout simplement... Il était fort possible que mon explication soit en réalité bien plus simple qu'il n'en était vraiment....

Et d'ailleurs....Que pouvait-il bien faire en cet instant ? Oh, le connaissant, déjà sûrement travailler sur ses cœurs... Sérieux, serviable et doux comme il est...Mon opposé sur ses points.... Et un sourire dansa sur mes lèvres en l'imaginant travailler, penché sur son établi avec une concentration telle que rien ne pourrait l'atteindre...Que rien ne pouvait le distraire.. Jusqu'à en oublier le monde même....Comme tant d'autres autrefois....Et leurs sourires fatigués revinrent danser devant ma mémoire....Leurs airs de s'épuiser pour les autres dans la guerre qui était la nôtre... Et Ank se dressait comme eux, avec le même sourire, le même altruisme.. En un temps de paix, seul et....
Et non, il n'était plus seul. Il m'avait moi. Pour toujours, à jamais. Du moins tant qu'il me supportait et ne connaissait pas l'effroyable vérité. Oui, tant que ces critères étaient remplis, j'étais là. Et n'avais aucune intention de faillir. Et doucement, tout doucement, je serrai mon poing, déterminé face à ce ciel qui connaissait mon infâme cœur en quête de rédemption... et peut être bien aussi d'une volonté absurde et imméritée d'être apprécié....Mais quel droit avais-je là dessus ? Aucun. Car assassin, lâcheur, fuyard.. Je n'avais que ce que je méritais.. Et ma symphonie de douleur, tue un instant reprit de plus belle, ramenée par cette amitié si pure à laquelle je n'avais pas le droit.....Je n'avais rien le droit de cet ange... Rien, non rien.. Je ne pouvais que lui donner, essayer de l'aider....
Et à nouveau revint cette image.. Ce sourire seul, isolé, abandonné dans sa boutique, attendant d'un instant à l'autre un client.....Ce sourire, ce rire... Et ses perles noires intérieures si connues, si déjà vues..... Hurlant intérieurement, priant, suppliant... Comme un cœur qu'on enferme sous ses chaînes....Oh non,non....
Et ma main se crispa plus fort à ses pensées. Et Ank rit de plus belle en pleurant intérieurement en ma mémoire.

« Ne pas le laisser subir ça, hein ?
Mon cœur qui chuchote doucement dans son cercle de couleur.
Ma raison qui lui sourit.
« Non bien sûr que non. Jamais.
-Alors ?
-Alors on va l'entourer.
-Promis ?
-Juré. »
Une promesse qui se renouvelle, un serment qui se recrée. Se renforce à nouveau, grandit encore plus.


Et je ramenai ma main contre mon cœur en la serrant fort.  Laissant mon regard couvrir les environs. Ces environs qui dansaient sans moi et sans lui sous l'effet d'une brise que je ne pouvais qu'imaginer..... Sous l'effet d'un brise d'un pays clément.. Pour le pêcheur et l'ange.. Le pêcheur au visage d'ange noir que le carreau me renvoyait... Cet homme semblant doux, pur, mais si sali intérieurement, si détruit.... Cet homme aux mains tâchées de sang..... Remplis de regrets et de solitude....Cet homme qui était moi et que je pouvais à peine tolérer....Cet homme dont la présence m'était insupportable....Et qui me regardait, là, me contemplait.. Cet homme dont l'existence était un crime.....
Mais peut être un crime dont je pouvais le sauver. Lui éviter de finir comme moi, brisé et détruit. Peut être, peut être...
« Et si tu échoues ? » Murmura subitement ma raison du tréfonds de mon âme.
Mais j'en connaissais la réponse. Parfaitement.
Il ne me resterait plus qu'à me laisser détruire par le temps et les demandes.
Devenir un automate. Le redevenir et le rester à jamais.
Et étrangement cette pensée crispa mon cœur. Comme si... C'était douloureux. Pourtant....C'était plus que nécessaire....Et amplement mérité. Au vue de mon impuissance.....
Et du fait que je pouvais lui nuire.....

Mais je pouvais aussi l'aider. Et tant que cet espoir pointait le bout de son aile fragile. Je devais y croire. Et surtout le voulait....Plus que tout au monde. La force de cette volonté me frappa. Et pourtant, il y avait encore peu, son nom ne m'était pas même connu.. Et maintenant je voulais le protéger de toutes mes forces. Peut être parce que je connaissais les tourments par lesquels il passait et que je voulais les lui éviter....Possiblement... Ou tout simplement parce que je tenais à lui. Parce que je le voyais comme... un ami. Et que je voulais toujours protéger mes amis. Même si je ne pouvais clamer mon affection pour eux. Et Ank n'y faisait pas exception. Encore moins. Lui encore moins qu'un autre.... Pour je ne savais quelle raison....Mais quel droit avais-je de clamer une amitié pour lui ? Surtout qu'elle était fort sous entendue... Et que j'en avais déjà trop fait rien qu'en lui demandant si nous pouvions être amis....Oui quel droit, moi un assassin ?

Celui de veiller sur lui. Le protéger fut-ce de lui-même. Le protéger de ses pensées parasites que je connaissais si bien, de ses replis, seul. Ces instants de ténèbres qu'on éprouvait. Et qu'il éprouvait peut être en cet instant, au loin, seul, attendant le prochain client. Je l'imaginai ce sourire de circonstance, dansant sur ses lèvres..... Je l'imaginai, je le sentais... Et il m'était insupportable. Mais ce n'était peut être pas vrai. Peut être qu'en réalité, il était bien trop occupé pour souffrir....
Peut être que je m’inquiétais à tort.....Et que j'allais le déranger, en fait.Mais...
Cette image revient plus puissante, plus forte que tout... Obsédante, entêtante....Effrayante. Angoissante. Au point de... D'y penser tant que je ne saurai pas.
Je devais m'en assurer. Pour me rassurer. Ou pour égayer sa journée. Et qu'elle ne se solde pas par le vide qu'il avait connu. Je ne savais rien faire, je n'étais doué en rien. Mais égayer une journée, faire sourire et rire, j'y avais usé ma vie jusqu'ici. Il n'y avait rien de neuf là dedans. Et je savais faire cela à la perfection. Une pièce cent fois jouée et connue par cœur. Qui pouvait, elle, peut être quelque chose. Il suffisait d'essayer et d'oser.
Doucement je laissai le drap glisser de mes épaules et choir au sol, mon regard posé sur le monde en contrebas.
Sachant ce que j'avais à faire.

OoO

Comment le saluer ? Lui dire « coucou Ank, comment va ? » Trop simple. Je le savais même avant d'y penser. « Bonjour » Trop formel. Attendre d'avoir une respiration plus calme ? Bonne idée. Il pourrait croire que j'avais couru jusqu'ici et s'inquiéter. Bon, c'était la vérité, mais il n'avait pas à le savoir.....Alors il me fallait rester encore un peu sur le pas de la porte. Encore un peu. A imaginer ce qui se passait de l'autre côté. Contempler la porte au verre qui ne reflétait rien de précis.
Rester en plus avait quelque chose de sécurisant. Ici, je savais ce qui m'attendait. L'attente. Le silence. Retourner chez moi par exemple. Dedans.. Dedans c'était l'inconnu le plus total. Dedans, c'était l'angoisse la plus totale et le vide le plus puissant. Aucun moyen de savoir ce qui se passait dedans. Aucun moyen de savoir comment j'allais trouver Ank. Aucun moyen d'anticiper la manière dont il me recevrait. Aucun moyen de savoir si j'allais le déranger. Et bien sûr, aucun moyen de le savoir tant que je n'étais pas entré....J'eus un profond soupir. Je devais avoir l'air si pathétique pour le commun des mortels, avec mes soupçons stupides..... Et à rester ici....
Et la personne qui passa devant moi dut le penser, vu le regard qu'elle me jeta en poussant la porte....
Emportant avec moi la chance de le trouver libre.. Car elle venait sûrement lui demander une réparation....Je pouvais repartir chez moi... Car il était évident que j'allais le déranger....Et d'une certaine manière, c'était mieux que je ne fus pas rentré avant.. Cela l'aurait déconcentré...Mais il valait mieux m'en aller... C'était le mieux... Pourtant, je n'en avais pas envie... Et ne le sentais étrangement pas du tout....

Mais ton envie n'entre presque pas là dedans. Tourne talons et retire-toi. C'est ce que tu feras de mieux. Et j'eus un profond et triste soupir et allait pour tourner talons....
« Oh mon....
Un cri. Un cri perçant. Venant de mon dos. Un pressentiment. Un frisson glacé. Qui me fit tressaillir et retourner pile au moment où la porte s'ouvrait à la volée sur le visage de la femme éplorée, terrorisée qui balbutia :
« Le Heartsmith....Le...
Et mon cœur en rate un battement. Ank.. Que... Que se passait-il ? Qu'y avait-il ? Où étais-tu ? Un frisson glacé courut sur ma peau. Et l'instant d'après je volais dans la pièce sans plus me soucier de la femme éplorée. Le cherchant, pris d'un mauvais pressentiment, l'appelant... Pour le trouver au sol, allongé, inerte....Entouré de ses perles de désespoir... Ça recommençait.. Encore un qui souffrait par ma faute.. Si j'étais venu plus tôt.. Et qu'avait-il ? Pourquoi ? Pourquoi gisait-il là au sol comme mort ? Comme mort... Comme...

Des cadavres.. Des centaines de cadavres dans des cercueils. Une voix.
Ce n'est pas de votre faute.....
Pas de votre faute..
Bien sûr sûr que si, si....
Comme lui.


Et je tressaillis ramené à la réalité. Ce n'était que du passé. Du passé. Cela n'allait pas se reproduire, plus jamais, plus jamais.Inspire, expire. Inspire, expire. C'est terminé, ça ne recommencera plus. Et je n'allais pas laisser faire ça. Pas du tout.Et il n'avait pas besoin du poids de mon passé, ni de ma panique, ni de mon inquiétude ni de ma douleur. Je crispai mon poing déterminé, mon ancien moi réveillé. Cet homme capable d'endurer le pire et sourire quand tout s'effondrait. Ce masque de théâtre tant de fois menteur.... Jamais abandonné et qui revient m'aider.
Je me laissais glisser au sol, doucement à ses côtés...Résolu à l'accompagner, prenant dans ma main son poignet mesurant son pouls. Faible, si faible comme si sa flamme de vie se tiédissait.. Comme s'il partait tout doucement.. Et cette pensée crispa mon cœur. Non. Ne pas y penser. Ne pas y penser. Pas maintenant. Plus tard. Plus tard. Maintenant il était temps d'autre chose.
Je l'attirai contre moi et le berçai comme un enfant, tentant de lui donner quelque peu de chaleur et de très loin je chantonnai. Une lumière pour les ténèbres qui t'entourait. Une lumière même si ce n'était rien. Une lumière pour t'aiguiller, de là où tu étais. Te dire que j'étais là, que je n'abandonnais pas. Jamais. Que je tenais ma promesse. Pour toujours.

Et de très loin.. Des pas. La femme, hébétée revenue, vers moi.
Et pour elle, j'interrompis mon chant quelques instants, murmurant, d'un air presque tranquille :
« Allez chercher un docteur, je vous prie. »
Intérieurement.... Une peur qui se dressait.. Cette peur tenace d'enlacer pour la dernière fois quelqu'un qu'on appréciait....La peur d'avoir encore plongé dans les ténèbres un être cher....La peur d'arriver trop tard.. L'impuissance....
Alors chante plus fort ma voix..  Chante plus fort encore, touche le ciel et envole toi... Brûle tes propres sentiments.. Fais toi flambeau,envole toi au dessus des cieux....Envole-toi au loin.. Et ignore les curieux qui s'approchent et vous regardent comme des animaux en cage....Attirés, par les cris, attirés, comme des animaux.... Allons nous protéger Ank, mon très cher Ank....
Et je me redresse en te soulevant, te portant comme le prince de ton monde de perles et de cœurs sous des mots :
« Heartsmith ?
-Heartsmith ?
Que ce titre.. Ce titre blessant.. Où est ton nom, ton si beau nom ? C'est trop pour moi....Trop en cet instant.. Alors je grogne :
-Il s'appelle Ank triples buses....Pas Heartsmith... »
« Et vous ne voyez pas qu'à force de le laisser seul, il souffre sans qu'on ne voie rien. » Cette pensée reste enfouie en moi et se déverse dans mon regard alors que je tourne talons.

Mais tu es aussi coupable qu'eux, Komui Lee. Tu aurais du être là. Venir plus tôt. Oser faible et lâche que tu es. Et le faible et lâche que je suis t'emporte à l'étage et t'allonge sur ton lit doucement sans un regard à la pièce et m'assied à côté de toi, en reprenant ma chanson.... Mes mots restant dans ma gorge.
« Pardon. Pardon de t'avoir laissé seul. Mais ne t'inquiète pas. Je reste là. Alors quand tu seras prêt.. Reviens-moi. »


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MessageSujet: Re: Limites et déchirure [PV Komui Lee]   3/2/2016, 16:12

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Les ombres l'engluaient dans une prison dont il n'arrivait plus à sortir, enchaînant ses membres contre les murs fermés de sa conscience noircie de peurs et de cauchemars. C'est à peine s'il s'était senti tomber au sol, tant le vol de conscience avait été bref et silencieux. La douleur occultait tout, pulsant d'une lueur malsaine au sein des liens d'ombre mordant son épiderme cuivré, laissant sous leurs morsure un froid traître s'infiltrer dans ses os et son âme. C'était la même lueur qui pulsait sur sa poitrine, suivant le rythme affaibli de son réceptacle qui ne demandait pas tant de déchirements funestes venus se graver dans ses chairs en de sombres arabesques. Et le rouge s'étendait lentement, teignant ses doigts accrochés malhabilement à sa tenue de travail, glissant finalement au sol faute de force, se laissant engloutir par les perles noires qui semblaient vouloir l'ensevelir tout entier, un peu comme une vague décharnée venue engloutir les berges fatiguées.

Le roulement des ombres l'empêcha d'entendre la femme se précipiter dehors quémander de l'aide, les yeux écarquillés de peur, serrant ses doigts dans une vaine tentative de se calmer. Il n'entendit pas non plus les pas de Komui s'empresser d'aller vers lui, ni sa voix qui l'appelait, inquiet, avant de le trouver et de s'agenouiller à ses côtés pour vérifier son état, après un instant de stupeur qui devait probablement lui avoir gelé le cœur d'angoisse. La lueur sur sa poitrine faiblit légèrement, bien que restant présente, douce fleur de coquelicot, fleur de pavot laissée bien en vue sur ton torse soulever faiblement par ton souffle timide et apeuré. Ton réceptacle frissonna lorsque l'asiatique te prit dans ses bras, se mettant à chanter doucement une berceuse pour atténuer les ombres grignotant tes songes. Comme s'il reconnaissait le gérant de la boutique Umbra Lee et qu'il essayait de s'accrocher à lui afin de ne pas sombrer, battant un peu plus fort, essayant de transmettre son appel à l'autre, silencieusement, faiblement.

Il ne fallut guère longtemps pour qu'un petit attroupement se forme autour de vous, murmurant ton surnom dans une inquiétude sincère alors qu'ils voyaient Komui te prendre dans ses bras et te soulever comme si tu ne pesais rien, poupée désarticulée faite de rêves et de désirs. Dans le mouvement, les fragments de perles restés accrochés à tes cils tombèrent au sol, rejoignant ses pairs dans un très léger tintement de verre brisé alors que la foule se dispersa, comprenant instinctivement qu'elle n'était guère la bienvenue en cet instant précis. Personne n'eût l'idée de prendre une de ces innombrables billes de nacre noire, comme si, malgré leur valeur, elles ne pouvaient occulter la détresse et l'abandon qu'elles représentaient, faisant fuir les mains désireuses par leur aura de désespoir.

Monter les escaliers ne fut guère difficile, trouver la chambre le fut encore moins. La pièce semblait tout aussi chaleureuse que le reste de la boutique, avec ses murs semblables à du bois et son odeur douce de vanille et de cannelle. Dans un coin de la pièce se trouvait un bureau simple et fonctionnel, bien que quelque peu en bazar, à côté duquel se trouvait une petite bibliothèque, assez peu fournie, ce qui pouvait paraître bizarre quand on savait que tu habitais ici depuis plusieurs siècles.
Le lit était défait, mais n'avait pas été visité depuis deux ou trois jours, conséquence directe des nuits blanches qu'Ank avait fait depuis l'arrivée de sa cliente à la boutique. Les autres avant lui, toujours, qu'importe pour sa santé, qu'importe ces conséquences qu'il connaissait bien, trop bien à vrai dire. Une chaise trônait non loin, à mi-chemin entre le lit et l'armoire qui contenait les vêtements du petit réparateur. Une petite porte dans le mur menait à une salle de bain assez rangée, disposant d'une baignoire, d'une douche, d'un lavabo et de toilettes. Là encore, l'odeur de cannelle et de vanille flottait tranquillement, comme insensible à la détresse qui clouait le cœur de leur propriétaire dans l'inconscience et la douleur.

Ces dernières emprisonnaient toujours l'esprit d'Ank, semblant s'amuser avec comme les chats s'amusent parfois avec les souris qu'ils chassent. Elles savaient qu'elles n'avaient plus beaucoup de temps maintenant que Komui veillait sur lui, aussi plantèrent-elles leurs griffes dans sa peau, déchirant dans une giclée de sang le frêle rempart qu'il avait tenté de se construire, alimentant la lueur sur sa poitrine de sa dose d'hémoglobine imaginaire. Souffre petit cœur, souffre donc le martyr. C'est de ta faute après tout, à ne pas vouloir m'écouter te voilà laissé aux mains de tes ennemies les plus vicieuses, et tout ça pourquoi ? Parce que tu refuses de voir que tu te tues, parce que tu refuses de t'occuper de toi ne serait-ce qu'un petit peu, trop obnubilé par les autres pour faire attention à toi, à ton corps, et à moi, ton réceptacle usé et fragile. Pourquoi diable refuses-tu de m'écouter ? Pourquoi ? Tu as besoin de moi, tu le sais non ?

Doucement, la fleur de sang sur sa poitrine sembla peu à peu se faire plus pâle, moins violente, s'apaisant sous la chanson de l'asiatique et sous l'influence de la bâtisse qui se penchait sur Ank afin de l'aider à se réveiller, soufflant sur son corps une vague de repos et de soin qui le détendit, ramenant quelques couleurs sur son visage devenu pâle derrière la teinte cuivrée de son épiderme. Lentement, sa respiration se fit plus ample, plus aisée, et bientôt, la lueur colorant ses vêtements d'un voile de rubis disparu.
Ce furent les notes du scientifique qui vinrent s'infiltrer dans la cage de son inconscience, venant défaire les chaînes le retenant avec une tendresse tranquille avant de lui caresser la joue, effaçant les dernières traces que la douleur avait laissé sur son visage étonné. Il ne fallut que quelques secondes après cela pour qu'il ne remonte, ouvrant doucement les yeux sur le plafond de sa chambre.

Pourquoi tu te trouvais ici ? Tu ne le savais pas, encore trop engourdi par ta récente inconscience pour faire le rapprochement entre ton emplacement actuel et la voix qui chantait à tes côtés. Doucement, tu tournas la tête, reconnaissant alors le propriétaire de l'Umbra Lee. Un sourire étira tes lèvres, éclairant ton visage consumé par la fatigue et les cernes.

- Komui ?

Ta voix s'échappa doucement, fragile, légère. Tu étais content de le voir, mais tu aurais préféré qu'il ne te voit pas dans cet état. Ce fut encore pire lorsque le médecin finit par arriver, te faisant cligner les yeux de surprise alors qu'il vous salua tout les deux d'un geste de son chapeau. Tu n'avais jamais vu de médecin, tu n'avais même pas idée qu'il en existait un dans votre ville, et tu ne savais même pas quelle était exactement son métier. Autant te dire que tu n'était vraiment pas à l'aise en cet instant...
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MessageSujet: Re: Limites et déchirure [PV Komui Lee]   20/3/2016, 01:16

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Komui Lee
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Dessine de tes mots un autre monde. Dessine de tes notes un paradis où il fait beau vivre. Rends à Ankie, aux yeux fermés, les courbes du fleuve au bord duquel il pourrait se reposer. Redonne lui à contempler la forme délicate des pommes que l'on mange et leur goût sucré. Rappelle lui les petits rires et les petites larmes qui font partie de la vie. Rappelle lui la chaleur d'un rayon de soleil se déposant sur sa peau. Rappelle lui l'éclat du temps qui colore le monde sans honte. Rappelle lui le scintillement des couleurs de ce monde et qui s'enroulent autour de sa peau même. Avec ce beau caramel, ce très joli brun, doux, tendre, affectueux, comme un foyer réconfortant. Ce rouge infâme qui luisait au niveau de son cœur. On aurait dit  du sang qui jaillit. Comme s'il pouvait et voulait me priver de l'ami qui gisait ici. Ce noir informe qui s'écoule de ses yeux.... Et dont je ne sais pourquoi, ses larmes prennent cette forme. Ce noir que je maudis, comme signe de détresse où est Ank. Ce noir que j'arbore pourtant moi aussi. Mais que je hais, une fois n'est pas coutume. Ce noir qui continue de s'écouler tranquillement, comme le flot d'une eau tranquille qui croit pouvoir régner sur ce monde, en toute impunité.

Et au milieu de ma berceuse, je recueillis ces larmes avec délicatesse et envoyais voler plus loin ces perles de malheur. Aucun respect pour elles. Elles qui témoignaient du malheur et de la détresse de la personne qui les pleurait. Elles n'avaient pour moi que valeur de tristesse. Pas même une quelconque valeur commerciale. Elle n'étaient que souffrances. Les jeter, c'était comme essayer de chasser sa tristesse. Mais j'avais à faire car le flot ne se tarrirait pas. Et ce n'était guère avec mon maigre soutien que je pourrais quoi que ce soit. Pas avec ma voix imparfaite et proprement abominable. Pas avec cette voix abominable qu'on m'avait donné... Pas avec mes gestes imparfaits.. Pas avec mes gestes pitoyables... Qui sûrement en plus ne servaient à rien et ne l'atteignaient même pas.... Très certainement... Je parlais sûrement dans le vide.... Ce que je faisais ne rimait à rien..  Sûrement.... Mais pourtant, aurais-je été capable de m'arrêter un instant ?  Non, bien sûr que non... Car il y avait une toute petite chance, une infime chance que de là où il était, cela puisse l'aider...

J'avais vécu des années pour n'être que l'espoir. Que je sois à Wonderland à présent n'y change rien. Je reste le réceptacle de l'espoir. Il n'est juste plus lié à un contexte de guerre. Mais il prend une forme infime d'espoir à présent.. Une petite flamme qui vint illuminer , ou se perdre dans l'obscurité qui ravage son esprit... Et que suis-je au sein de ce chaos qui le prend et qui n'a pas de nom, ne semble pas avoir d'origine ? Rien, rien qu'un être se disant son ami mais qui au fond ne peut rien pour lui.... Un être d'une impuissance folle.. Un être dont les connaissances sont largement dépassées.. Et qui ne pouvait rien de plus d'autre que d'appeler un médecin.. A regretter mon peu de formation en médecine....Moi qui ne savait traiter que les blessures d'urgence, les blessures du corps, mais pas ces étranges malaises... Ça ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu... Et j'en avais vu, des malaises dus à la fatiguer et au surmenage.. A moins que ce ne soit du à cela mais a pris cette proportion plus importante....Parce que Wonderland serait plus dangereux...Possible...J'aimerais espérer que ce ne soit que ça.. Mais j'en doute bien fort...

Comme si la personne qui dormait dans ses lieux était prise entre les chaînes d'une malédiction que personne ne pourrait chasser.. Comme si cet endroit était couvert d'épines et de ronces qui protégeaient le cœur qui se terrait sous les apparences et qui empêchait quiconque d'avancer qui ne sache pas ce que c'est que de se cacher derrière un masque. Comme si somme toute, la Belle au bois dormant des contes de fées n'était en réalité nul autre que ce forgeron des cœurs....Un triste sourire vint danser sur mes lèvres avec l'absurdité de cette réflexion. Néanmoins, elle avait l'avantage de me faire sourire quand le contexte, lui, ne le faisait pas.. Mon pauvre Ankie.....mon pauvre Ankie retenu prisonnier de la tristesse et des ombres.. Et dont un misérable assassin se voulait lumière.... Quel pathétique ami tu as accepté auprès de toi... Quel crétin d'ami tu avais reçu.. Un ami qui ne valait rien mais qui était là, envers et contre tout... Un ami stupide qui s'imaginait que ses mots étaient d'une quelconque aide... Et doucement une larme glissa sur ma joue. Mais je l'effaçais d'un revers de main. Cela n'aiderait en rien Ankie.. Et s'il se réveillait maintenant, et qu'il la voyait, il s'inquiéterait encore plus, comme la dernière fois... La fois où il m'avait attiré contre lui pour m'apaiser...
Et je ne voulais l'inquiéter en rien. Il avait déjà assez de ses propres soucis. Car il en arriverait si vite à vouloir soigner mon cœur comme les autres... Ce que je ne le laisserais pas faire. A aucun prix. Et je repris de plus belle ma chanson.. Cela ne servait pas à grand chose, mais il restait l'espoir que de là où il était, ça lui soit d'un quelconque réconfort..
Ou peut être le faisait sombrer plus encore...
Peut être était ce de ma faute ce malaise... Peut être déclenché pour la raison que je lui aurais parlé... Ce ne serait pas la première fois qu'il arrivait un malheur à une personne que je côtoyais.. Ma propre sœur... Ou mes amis de la Congrégation jusqu'à mes propres parents... Que je lui apportât du malheur ne me semblait pas une chose incongrue.. Peut être que je n'aurais jamais du m'approcher... Peut être que je l'avais condamné à sombrer rien qu'en m'approchant.... Peut être avais-je scellé son destin dans le malheur ? Peut être que loin de l'aider, je n'allais que le blesser.... Peut être que loin de l'apaiser, je n'allais que le tourmenter plus encore... Cette pensée glaça mon sang et suspendit quelques instants mes notes...Et je le regardai, horrifié par les potentielles conséquences de mes gestes.. Mais il était trop tard pour revenir en arrière... J'avais encore une fois tout gâché... Alors je murmurai doucement, comme pour moi même :

« Pardonne moi, Ank... »
...Mais il ne tenait qu'à moi d'en limiter les conséquences et réparer ses horreurs qui allaient lui arriver par ma faute....Il ne tenait qu'à moi de rester et veiller... Et je n'allais certainement pas abandonner, surtout si c'était ma faute... Et doucement, je repris ma chanson, en regardant son visage pale, assoupi.... Comme si la mort le guettait de très près.... Mais ne pas y penser.. Ne songer qu'à l'espoir que j'étais qu'il ouvre les yeux....Continuer de chanter à t'en arracher la voix la beauté d'un monde que tu condamnes par ta simple présence.... Continuer de crier les vertus de la beauté de la vie que tu ne devrais plus avoir....Continuer de chanter la lumière du soleil pour venir chasser ses ténèbres.... Continue même si tout semble vain.... Continue jusqu'à tout semble s'atténuer.... Que le rouge commence doucement à s'effacer.. Que le noir commence à refluer.... Et que ses yeux s'ouvrent.. Et que ses lèvres s'agitent pour murmurer mon nom...Oh oui, reviens moi.. Dis une fois de plus mon nom... Ne reste pas ainsi les yeux fermés....Regarde moi, une fois de plus.. Prouve moi que je ne te suis pas inutile.. Et que je ne te condamne pas une fois de plus....Comme les autres....

Mais le silence et l'immobilité furent ma seule réponse...
Mes supplications étaient donc vaines....Je serais donc le seul fautif.. Peut être vaudrait-il mieux que j'arrête mes dégâts et que je m'éloignât ? Peut être était-ce ma présence qui l'empêchait de revenir....Sûrement, oui... Ça semblait le mieux à faire... Et à nouveau ma chanson s’interrompit alors que je me redressais doucement baissant le regard, d'instinct sur l'homme allongé dans ce lit et que je veillais....Ma chanson interrompue, à présent, puisque ne servant à rien.. Tout ce que je faisais était toujours vain après tout.. Comme en témoignait ce rouge qui luisait toujours au dessus de ce cœur.... Doucement, insidieusement....Ce rouge... Qui ne semblait  plus avoir autant d'éclat que tout à l'heure.... Et si... L'espoir se réveilla dans mon cœur.. Un espoir fou.. Et si, si.... Mais, mais alors.. Et mon souffle se coupa, s'accrocha à l'espoir qui renaissait.. Figea mes mouvements craignant de couper le fil de cet espoir en bougeant....Et le rouge sous mes yeux continua de se dissiper comme l'ombre d'un mauvais rêve....Comme si ses ténèbres mourraient enfin... Comme si le cauchemar cessait.. Comme s'il me revenait....Comme si l'ombre refluait à mes côtés là où était sa juste place.... Et pas sur cet ange.... Qui ne méritait rien de ça....

Immobile, docile jouet du destin, regardant la vie revenir sur un visage qu'elle avait quitté, secondes après secondes... Immobile, souffle retenu, anxieux au delà des mots.... Guettant le moindre mouvement, la moindre agitation pour se prouver qu'il croit en un espoir juste.... Guettant le mouvement des paupières qui comme une rose déployant ses pétales révèle au monde ses iris chocolat... Guettant l'air de se chercher des repères dans ce monde qu'il connaît mais dont il ne voit pas encore la succession des événements qui l'y ont mené et que  ce sera à moi d'organiser pour lui... Guettant son regard qui cherchait, tournoyait puis qui subitement se posa sur moi.. Et qui me fit tressaillir, bouger de ma semi immobilité qui ose à peine respirer... Alors que ce fut mon nom qu'il murmura  d'un air interrogateur et que ses lèvres se fendirent d'un sourire qu'il me destinait uniquement.... Un sourire bordé de fatigue et de cernes.. Un de ceux que la Scientifique me faisait autrefois.. Et qui revient me voir....Comme autrefois....Mais il était arboré par d'autres lèvres dans un monde où il ne devrait pas apparaître.... Et je me demandai en le voyant depuis combien de temps Ank n'avait t-il pas eu une nuit décente...Mais ce sourire m'était destiné à moi.. Moi l'assassin.. Et rayonnait d'un tel éclat... Comme si son porteur était heureux de me voir là...Comme si son porteur était le plus heureux du monde de me savoir là... Et je frissonnai à nouveau à ce sourire.. Cet éclat de vie qui vint se heurter à la glace.... Et la fait exploser....Et me fait frémir plus fort, comme si à mon tour je revenais sur terre et me fait reprendre une inspiration et le regarder.. Et réaliser qu'il était revenu, vraiment revenu.. Qu'il est en vie, qu'il me sourie.... Et l'idée amène à son tour sur mes lèvres un sourire.... Un sourire que je voulais lumineux... Mais que je ne sentis que faire trembler mes lèvres d'un peu de soulagement et de joie....

Mais ce n'était pas grave....
Il avait le droit de savoir au moins ça... Il me suffisait simplement de ne rien en laisser paraître dans mes mots.... Et je souris de plus belle avant de répondre :
« Bon retour parmi nous, Ank.... »
Ces mêmes mots par lesquels autrefois j'accueillais les nôtres à la maison. Ces mêmes mots qui servaient à ramener à nous ceux partis au loin. Et qui reviennent mais pour accueillir quelqu'un qui n'a rien à voir avec ça. Quelqu'un qui n'a rien à voir avec l'horreur de cette guerre.... Fort heureusement...Quelqu'un qui me sourie en ne sachant rien de mes horreurs... A la fois un supplice... Mais aussi un soulagement.. Tu peux bien le penser en toi même pour une fois....
Tu peux bien t'y livrer... Personne ne lit tes pensées.. Mais combien de temps durera ce soulagement ? Peu, trop peu, tu le sais très bien... Et au fond, tu n'aimerais pas lui mentir trop longtemps même pour t'apaiser, égoïste que tu es... Tu ne le souhaites pas, au fond de toi.... Pas très longtemps.. Ce serait lui mentir et lui cacher la nature de ton cœur.... Te faire passer pour une personne qui a toujours été un tranquille commerçant... Quand autrefois le sang salissait tes mains.. Et je souris comme si de rien était.. Accueillant un innocent que la vie avait laissé quelque temps.. ? Comme autrefois tant de mes autres compagnons....Mais il n'était pas temps d'y penser.... Souris et chasse ton passé.... Alors je souris plus encore à Ank, me gorgeant du sourire de lumière qu'il m'offrait...

Ce sourire que je n'avais pas le droit d'avoir mais qu'il me donnait.... Ce sourire, si lumineux que le regarder était comme regarder le soleil en face et en conserver la forme sous forme d'ombre quelque temps.... Des temps infinis me murmurait ma mémoire qui déjà avide prenait ce souvenir pour le ranger dans un endroit dont j'ignorai tout. Et que je ne suivis pas du regard, me concentrant sur ce présent.. Ce présent qui se réduisait au caramel et à la vanille qui vivaient ici...Et qui étaient les seules choses qui importait... Rien d'autre ne comptait que ce présent revenu.... Et je laissais mes lèvres se baigner d'un peu plus de soulagement... Je me rapprochais, doucement prêt à aller chercher la moindre chose qu'il me demanderait.... Prêt à tout pour lui... Même à sacrifier mon propre sommeil....Du moment que cela pouvait l'aider...Même quelque peu... Et me fis murmurer doucement à son intention avec un sourire :
« Et je n'ai pas l'intention de te laisser repartir....Tiens le toi pour dit.
-Ahem...Moi non plus. »
Que.... Quoi ????? Je tressaillis à cette voix venue dans mon dos alors que le visage de Ank se para de surprise.... Qui ??? Qui venait interférer comme ça ? Ankie avait un autre ami ????? Mais.....Mais, mais...Quand, comment qui ? Pourquoi ?  Et Ankie m'aurait rien dit ?
…............................................................................................................................................................
Je m'arrêtai subitement. Euh... Plaît-il ? C'était quoi ces pensées bizarres ? Comme si Ank (d'abord, pas Ankie... c'est pas parce que je l'appelle par son prénom que je dois retomber dans mes vieux travers de surnoms.. autre monde, nouvelle vie nah ! ) avait besoin de me dire qu'il avait d'autres amis...J'avais pas le monopole de l'amitié, bon sang...Et même c'était génial que d'autres soient amis avec lui.... Alors pourquoi... ça m'énervait... Oui, exactement, m'énervait, d'imaginer ça ? Bizarre.
Très très bizarre. Et perplexe je portais ma main à mon menton alors que la voix reprit :

« Ne vous en faites pas, je n'ai absolument aucune envie de m'immiscer dans votre vie privée.
Je suis juste venu pour éviter que quelque chose de mauvais n'arrive à ce jeune homme alors si vous pouviez me laisser faire mon travail de docteur, je vous en saurais gré, merci.

-Docteur ???? Je répétai, surpris.
Docteur.... Docteur... Mais alors.....
Abruti... Abruti fini qui avait oublié qu'il avait appelé un médecin....Et bien voilà, aucune raison de s’énerver.. Et bien sûr que cet homme voulait sauver la vie d'un patient, évidemment c'était logique.. Et étrangement soulageant....Même si je n'aurai pas su expliquer pourquoi....
Et je secouai la tête amusé contre moi-même avant de m'écarter en m'exclamant, regardant enfin le docteur en question :
-Je vous prie de m'excuser pour cet égarement....
Docteur en question aux cheveux poivre et sel courts qui m'adressa un sourire avant de s'exclamer :
-Ce n'est rien. Vous avez juste eu peur d'une intrusion dans vos liens c'est tout. »
Je sursautai à ces mots. Comment il avait su ça ? Ça avait été gravé sur mon visage ou quoi ? Ouh là.. S'il l'avait vu, Anki.... Non Ank l'aurait sûrement vu aussi.... Et je palis à cette pensée avant de me reculer le plus possible.. Dans quelle panade je m'étais mis.... Il avait pas à voir ça...
Et puis je sursautai à nouveau. Et pourquoi ? Oui pourquoi après tout ? Parce que c'était gênant voilà !  Oui, mais gênant pourquoi ?  Parce que c'est égoïste et que tu ne veux pas être égoïste. Cette réponse semblait la plus logique... Mais sonnait étrangement fausse. Tout en laissant une étrange impression qu'il ne fallait pas aller observer plus loin....Et qui me fit frissonner et me décider à ne pas franchir cette limite.

Eh mais attendez un peu.....Il... Il avait dit... « Vie privée »? « Liens » ? Mais il s'imaginait quoi exactement là ????? Il ne voulait pas dire.... Mais non, mais non, il parlait de l'amitié, ne t'en fais pas.... De la beauté de votre amitié... Bon là tu t'égares un peu mais c'est l'idée... Pas d'autres choses, t'en fais pas.... Et puis d'abord, qu'est ce qu'il aurait pu penser d'autre ? Ah mais oui... Que l'on soit frères ! Même si la ressemblance ne serait pas vraiment évidente.... Et que là aussi, ça sonnait plutôt faux.. Mais au moins c'était une excellente explication...Et j'avais l'étrange impression que je devais m'en tenir à celle là. A tout prix. Sous peine... D'un je ne sais quoi. A l'air effrayant et qui me guettait comme le monstre sous le lit des enfants...Aussi laissais-je couler ces pensées alors qu'avec une grande douceur le médecin se présentait à Ank en une attitude à son opposé d'avec moi.. Probablement parce que moi je n'étais pas malade.. Bon un peu fatigué, oui, sûrement, mais pas malade....Probablement la raison de ces étranges pensées face au médecin d'ailleurs.... Et qui savait ? Peut être que l'air ambiant du dehors, achèverait de me réveiller ? Après tout mon réveil datait au grand maximum de deux heures et j'avais pris en trop grande vitesse mon café....
Voilà, ce qui arrive quand on prend trop vite son café, on commence à penser de manière erronée....Je le saurais pour la prochaine fois....
Et je m'accoudais à la fenêtre de sa chambre laissant mon regard se perdre sur le décor alentour et le léger filet d'air d'une fenêtre entrouverte venir effleurer ma peau.... Cela faisait comme un léger frisson agréable sur ma peau que je laissais tout doucement s'étendre, secondes après secondes, les yeux paresseusement rivés sur les maisons qui nous entouraient, le parvis en contrebas et les gens qui....

Minute... Des gens... Au pied de cette maison.. Qui la regardaient...Et parmi eux... La femme de toute à l'heure.... Haw je vois... Elle avait osé.. Elle avait osé... Elle avait osé... Elle avait pris cela pour un spectacle et l'avait vendu comme telle à ses amis.....Et était revenue avec eux pour le montrer à tous.... Pour le montrer avec ce voyeurisme d'hommes regardant une exécution en place publique.. Venant admirer le malaise d'un homme qu'ils rendent corvéable à merci... A qui ils amènent leur cœur sans jamais se soucier du sien ni de sa solitude.... Qu'ils n'essaient même pas de comprendre ou de ménager.... Dont ils profitent de sa trop grande gentillesse....Sans même voir ou feindre de ne pas voir son cœur qui hurle... Et qui subitement se rappellent de son existence quand il souffre....Et mes doigts se crispèrent sur le rebord de la fenêtre en regardant ces gens en contrebas.. Ces gens qui comme des amoncellements de pigeons s'entassaient en contrebas à guetter la moindre information.. Il ne leur manquait plus que des ailes, des plumes et un message attaché à la patte et ils feraient les parfaits pigeons voyageurs venus annoncer l'horreur de la douleur... Des pigeons voyageurs de malheur.. Ça semblait tellement approprié.... Et si.... je rétablissais leur image en adéquation avec leur nature ? ~  Oooh mais ça semblait une excellente idée..... ~ Un sourire carnassier vint danser sur mes lèvres...J'allais bien m'amuser moi et exercer mes talents... ~ Un léger rire s'échappa de mes lèvres alors que je rassemblais mes mains. Oh oui j'allais bien m'amuser ~ Mais pour ça, je devais sortir de cet endroit.... Je pouvais sûrement partir puis revenir ~ Ça semblait un chic plan....Mais oui... Mais oui.... Et je ris un peu plus à cette perspective.. Oh qu'ils allaient payer...~ Bien payer ~

« Vous avez la tête d'un homme qui prépare un mauvais coup, vous savez ?
Je tressaillis.. Cette voix... Oh non.. Ce n'était pas Ank... Pas du tout même .. C'était... Enfer.. Le médecin....  Je l'avais presque oublié, celui-là.. Et à coup sûr, il n'allait pas me laisser porter intégrité physique à des gens.... Alors jouer finement... Jouer de manière à ne pas se faire détecter...
Et vite..... rebondir, avoir l'air l'innocent.... Mais... Ma foi, c'était la solution toute trouvée...
Un sourire angélique. Qui se dessine sur tes lèvres. Un petit air doux et gentil d'enfant de chœur qui se tourne vers un médecin aguerri qui se trouve être juste derrière ton dos. Une voix de miel et de douceur. Et quelques mots....
-Qui, moi ? Mais pas du tout ~ J'admire la sublime vue que nous avons d'ici... Rien de mal...~
Et l'ange que je venais de devenir sourit au démon que ce médecin personnifiait.... Et qui me regarda d'un air de voyant tentant de lire sa boule de cristal..... Puis qui détourna son regard....
Je devais avoir réussi mon coup.... Par-fait... Un sourire un peu plus large vint danser sur mes lèvres.... C'était parfait.. J'allais pouvoir sortir en toute impunité sans avoir aucun soucis...
Il me fallait trouver un prétexte en or, simplement pour ne pas attirer l'attention sur moi et faire comprendre....
Ce qui était toute la difficulté....
Mais je pouvais considérer l'obstacle du médecin comme écarté, très certainement.... Une bonne chose de faite....
Et je souris plus encore en reportant mon regard vers mes futures victimes....
Coucou mes jolies beautés qui bientôt cesseront de polluer l'air de leur présence..... ~ Et mon sourire redevint carnassier profitant de ce regard qui ne me fixait plus....

Et comme devinant mon regard, l'une de mes futures proies frissonna et releva le regard vers moi. Je ne pus m'empêcher de lui adresser un petit salut.
Coucou, toi qui allait payer dans peu de temps....~
Et j'eus la satisfaction de voir ma proie reculer.... Bien fait.....
Elle le méritait....
« Vous avez fini de terroriser des pauvres gens qui ne vous ont rien fait ??????????
Rien fait..... Ce crétin de médecin osait dire qu'ils n'avaient rien fait ? Passe encore qu'il m'avait grillé et avait certainement regardé pour ça dehors... Mais là il était en train de dire.... Il n'avait rien compris à la situation... Il n'avait rien vu... Il ne savait rien.... Il ne voyait pas leurs regards de vautours qui se déposaient sur cette maison... Il ne voyait pas cette attention malsaine..  Il ne comprenait rien....  Mais ne rien dire.. Retiens toi... Ça ne vaut pas la peine d'en parler...... Il ne pouvait certainement pas comprendre..... Je relevai la tête en crispant les poings. Inspiration. Expiration. Ne pense qu'à ça . Inspiration. Expiration.
« Monsieur ?
Ok. C'était la guerre qu'il voulait. Très bien. Trèèèèèès  bien. Je savais faire. Trèèèèèèèès bien même. ET BEN IL ALLAIT L AVOIR SA GUERRE !
-Rien fait ????? Ces... punaises regardent cet endroit comme s'il était le lieu d'un spectacle alléchant.... ! Mais bon sang la souffrance de quelqu'un c'est pas un spectacle !!!!!!!! Il pourrait au moins avoir un peu de paix.. Mais non c'est trop demandé pour eux... Jamais à se soucier de la santé de leur réparateur et de son cœur, mais quand il est malade on accourt comme des vautours pour voir ça..... »
Le regarder dans les yeux. Lui hurler tout mon ressenti. Étrangement, cela faisait quelque bien. C'était stupide et inutile mais au moins il comprendrait peut être enfin, ce borné.....
Et lui me regarda, sans ciller. D'un calme olympien. Comme si je ne venais pas de crier d'un coup agacé..... Et.... c'était proprement agaçant. Il comprenait ce que je lui disais au moins ce....
-Et je suis d'accord avec vous. La souffrance d'un homme n'est pas un spectacle.
Ah... Ben enfin.. Un peu de bon sens chez cet homme... Je commençais à me demander s'il en avait quelque peu....
-C'est probablement pour cette raison que personne n'a accouru dans la pièce pour regarder. Sauf, un, qui a accompagné visiblement.
Il sous entendait quoi là ? Il était en train de m'accuser d'en être un ? Ouuuuuh ça n'allait pas se passer comme ça.....
-Ça n'a rien à voir, Je grondai. Ankie est mon ami. Et je n'abandonne jamais mes amis.
Sauf quand la mort s'en mêlait... Mais je ne pensais pas qu'il fut opportun d'en parler.
Ni même d'y penser. Et la pointe de douleur éveillée s'éteignit aussi vite que parue.
Ne pas y penser.
Et une étrange ombre de sourire passa sur les lèvres du médecin. Un sourire.. Comme si j'avais passé une épreuve et l'avait réussi... Mais ça ne devait être qu'une impression....
-Et eux n'abandonne peut être pas non plus un des leurs..... C'est juste qu'ils ne savent pas le dire. Comme ils ne savent pas dire qu'ils apprécient quelqu''un. Comme on dirait que c'est le cas de quelqu'un d'autre.


Euh..... Il était bien naïf ce docteur.....
Un peu stupide aussi..... Il ne voyait donc rien.... Rien de rien.. Pourtant sur leurs visages....
Et mon regard retourna sur les punaises en contrebas.... Oh oui, j'allais les voir leurs regards voraces, oh oui et ils me serviraient de preuve.... Et je lui montrerai sous le nez...
Pourtant, en contrebas.... Que de l'inquiétude... Pas de voracité.. Juste de l'inquiétude... Comme mon propre visage en haut....
J'avais pris... les choses trop à cœur ? Hum, pas très bon tout ça..... On aurait dit que ma distance naturelle commençait à s'estomper..... Hum hum... A surveiller ce masque, définitivement... Il ne fallait pas que je perdisse toute rationalité... C'était sûrement encore ce café pris trop rapidement.. Ou le manque d'air de ces derniers jours..... Ou les deux conjugué...
Et je soupirai. En tous les cas, il valait mieux que je m'écarte quelque temps... Rien que pour reprendre un peu mes esprits....
Et comme de juste, devinant mon esprit....
« Vous devriez sortir un peu. Vous savez, secret médical..... »
Ah oui, en effet... Secret médical. Invocation qui tombait à point nommée.
Et puis, avec ce médecin Ankie ne risquait rien....
Et puis, s'il faisait quelque chose..... ~
Euh sadisme ? Couché. Dodo. T'as assez fait de soucis pour aujourd'hui.....
Aussi acquiesçai-je à ses mots m'attirant un regard surpris.
Ah non, il n'avait pas compris... Il pensait que j'opposerais plus de résistance....
Ah ben non rapé...
Et cette pensée d'imprévisibilité me fit sourire, doucement...
Il y avait cru, et ben non....

Et je tournai ce visage souriant vers Ank pour lui sourire doucement puis lui adresser un petit signe de la main suivi d'un :
« A tout à l'heure... »
Il en avait assez vu pour aujourd'hui sans pour autant subir plus encore mon visage de taré... Il avait droit à un peu de repos et de bonheur tranquille.. D'apaisement et de douceur... Et de mon regard j'essayais de lui envoyer tout ce que je pouvais d'apaisant et tranquille.... Il n'avait pas besoin de plus d'agitation que ça.. Et je n'avais fait que le troubler. Je ne méritais rien de son affection.... La culpabilité se réveilla dans mon cœur et je murmurai, penaud :
« Désolé pour l'agitation... »
Oui, désolé..  Si désolé... Un tremblement parcourut mon corps que je ne cherchais pas à retenir.. Autant que ma sincérité s'y lut....
Je ne savais donc qu'être un bon à rien... Il valait mieux que je disparaisse un peu...
Même si je n'avais pas vraiment envie de m’éloigner, ne serait-ce qu'une seconde...
Alors qu'avec tous les soucis causés, c'était la maison toute entière que j'aurai du quitter.. Mais j'en étais étrangement incapable.... Comme si.. Partir était le trahir.
Et l'abandonner.
Aussi.
Mais la sacro sainte règle du secret avait parlé. Je devais m'y plier.
Aussi pris-je une profonde inspiration et fit quelque pas vers la porte qui me séparerait le temps de l'inspection de mon ami.....


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MessageSujet: Re: Limites et déchirure [PV Komui Lee]   13/11/2016, 23:24

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Cœur tendre


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Cœur tendre
C’était la musique qui l’avait reconduit à la place qui revenait à son âme, qui l’avait tiré des abysses de l’inconscience afin de le ramener dans son corps, malgré la douleur diffuse de ses membres, malgré la souffrance qui s’étendait sous sa peau comme autant de brisures au goût d’iode et de regret. Ses paupières, papillons de nuit agressés par la lumière d’un jour paisible, avaient cligné durant quelques secondes avant de laisser des iris couleur de bronze se poser sur l’espace vide face à lui. Ank reconnu sans peine sa chambre après un court instant de flottement désagréable, et laissa son regard glisser sur la personne qu’il sentait debout à ses côtés, et qui s’était figée lorsque les prémices de son réveil avaient secoués son corps alité dans l’étreinte de draps sentant le caramel et la vanille. Il ne fut pas surpris de voir Komui. Il savait que c’était lui, et son réceptacle s’agita joyeusement, mais faiblement, dans sa poitrine. S’il le pouvait, nul doute que son cœur se serait mis à chanter à son tour afin d’appeler son jumeau dans un désir nouveau et naïf. Un doux sourire se peignit sur les lèvres du réparateur tandis que sa voix s’échappa de ses lèvres dans une timide ligne mélodique. Il était heureux de le revoir, malgré les circonstances qui le clouaient sur le matelas en cet instant, et s’inquiéta en le voyant frissonner une fois, puis deux. Comme si, en lui adressant simplement la parole, il venait de l’arracher à des pensées peu agréables. Qui sait, peut-être que c’était le cas ?

Le frêle sourire de soulagement qui étira les lèvres du scientifique arrêta net les élucubrations du brun. Il était fragile, mais il se dégageait de lui un soulagement intense, palpable, comme si son interlocuteur avait cru le perdre, comme si son réveil était un miracle, un espoir qui se déployait au moment où tout semblait perdu. Pourtant, il ne lui semblait pas que sa crise ait été si grave que cela… Il se souvenait juste de la douleur, une douleur qui avait manqué de le laisser se disloquer au sol, avec en sa poitrine une mécanique folle, incapable de reprendre un rythme régulier, et qui aurait certainement pu se détruire alors que l’inconscience l’avait arraché de sa prison de chairs et de nerfs, loin de ces sensations qui l’avaient crucifié.
Ces simples souvenirs tendirent ses muscles déjà éprouvés par cette crise. Une crise qui avait été la plus violente depuis son arrivée à Wonderland. Depuis qu’il avait offert son cœur à la petite fille aux cheveux roux et aux yeux verts, elle qui avait été la première personne à l’accueillir dans cet étrange monde…

Peut-être que, finalement, le soulagement de Komui n’était pas si exagéré. Et même si cela avait été le cas, aurait-il pu réellement le lui reprocher ? Non, absolument pas, et cette idée ne le traversa d’ailleurs même pas. Après tout, si les rôles avaient été inversés, il est probable qu’il aurait réagi avec autant, voire plus, d’intensité.

La voix de l’autre commerçant vint cueillir son attention par la douceur de son timbre, et la blancheur éclatante de son sourire qui semblait pouvoir dissiper les ténèbres enfouies dans les ombres. Les lèvres d’Heart se courbèrent un peu plus en réponse, éclairant joyeusement les iris d’acajou, parvenant presque à effacer les marques bleutées que ses cernes laissaient sur sa peau caramel. Leur joie était douce, tendre, et ni l’un ni l’autre ne remarquèrent la manière dont leurs yeux se liaient, se réconfortaient, s’adoraient, se contemplaient. L’ambiance feutrée de la chambre apaisait leurs craintes, et les rayons du soleil, qui caressaient leurs yeux et qui laissaient, au fond de leurs prunelles, des gerbes enflammées de poussières d’or afin de mieux les étourdir. Tous les deux en oublièrent le monde et ne remarquèrent pas la silhouette qui monta les escaliers et s’arrêta dans l’embrasure de la porte, ne sachant pas trop comment interrompre cette scène fragile et figée.

Profiter de la brèche fut la solution toute trouvée pour le médecin. Sa voix brisa leur quiétude, leur communication silencieuse, et les déstabilisa à la manière des rêveurs arrachés brusquement de leurs songes. Ce n’était sans doute pas si loin de la réalité, et il fut presque peiné de les déranger ainsi, dans un moment qui n’appartenait qu’à eux deux suite à une frayeur qui avait dû les pétrifier d’angoisse. Presque. Car il devait examiner le Heartsmith afin d’éviter qu’une telle situation se reproduise. Qui sait ce qui adviendrait si jamais l’alité refaisait une crise et ne s’en relevait pas ? Rien de bon, beaucoup de peine et certainement une âme en morceau que jamais son art ne pourrait réparer. L'’homme s’avança calmement, notant le regard que lui jeta son futur patient alors que ce qui semblait être son petit-ami s’écarta pour lui laisser le champ libre, non sans quelque mauvaise volontiers. Classique. Ce qui l’intriguait davantage, c’était la manière dont le regardait Ank, ses iris laissant voir un mélange étrange de curiosité, d’inquiétude, d’incompréhension et… De malaise ?

Se posant non loin de son patient, il entreprit de lui parler afin de le rassurer, l’aidant à se redresser un peu, lui expliquant la raison de sa présence et son métier. Il n’était pas étranger à l’exercice, ayant eu des enfants dans le même cas que lui, et même s’il ne pouvait nier que le fait que reprendre ce discours pour un adulte était quelque peu étrange, il s’en tirait de toute évidence assez bien s’il en croyait le sourire timide que lui adressa le mécanicien des cœurs.

Il n’eut cependant pas le temps d’aller plus loin avec lui, un mauvais pressentiment attirant son attention sur l’autre homme qui, penché à la fenêtre, arborait un sourire malsain sans doute destiné aux malheureux badauds qui s’étaient rassemblés dans la rue à l’annonce de l’état plutôt alarmant du réparateur. Il délaissa donc momentanément son patient le temps de mettre les choses au clair avec le propriétaire de l’Umbra Lee, se retenant de lever les yeux au ciel. Par chance, il n’eut guère besoin de se creuser la tête pour lui faire cracher le morceau et, par la suite, l’amener à reconnaître ses erreurs. Des années, des décennies entières passées à s’occuper des plaies du corps et de l’esprit ne pouvaient être facilement dupées, et ce fut avec un certain soulagement qu’il le vit baisser la tête et s’excuser avant de se diriger vers la porte de la chambre afin de les laisser, le secret médical l’emportant sur l’affection.

Si le médecin était plutôt satisfait de la tournure des évènements, ce n’était pas du tout le cas d’Ank, qui tenta de se relever un peu plus lorsque le scientifique quitta la pièce, cherchant à l’arrêter. Son cœur s’affola, le sang battit violemment à ses tempes. Il craignait que Komui ne reparte. Il se refusait à cela.

- Ko-

La douleur revint brusquement à la charge et le figea sur place, coupant net sa voix qui, déjà, n’était rien de plus qu’un simple filet d’air. Ses muscles se crispèrent, n’appréciant guère ce traitement, et une pure expression de douleur et d’impuissance traversa les traits affadis du réparateur. Des éclats noirs vinrent d’ailleurs se ficher dans le coin de ses yeux, menaçant à tout instant de glisser le long de ses joues. Il n’avait pas réellement suivi la discussion entre les deux hommes, tant se concentrer relevait d’un effort de chaque instant avec l’épuisement qui secouait son corps. Il avait donc préférer ne pas s’épuiser à la suivre puisque de toute évidence elle ne le concernait pas. Il aurait dû. Peut-être qu’ainsi il aurait pu empêcher Komui de quitter sa chambre, et…

Ank se mit à tanguer légèrement, pris de vertiges, et se retrouva avec les mains du médecin posées sur ses épaules, ce dernier l’obligeant doucement à se réinstaller correctement dans son lit.

- Calmez-vous, il est juste dans le couloir… Vous agiter dans votre état ne fera que vous épuiser un peu plus et inquiétera votre ami plus qu’il ne l’est déjà…

Le réparateur releva légèrement la tête, plantant ses iris dans ceux de son interlocuteur, s’y accrochant légèrement. Il se dégageait du praticien une aura particulière et douce qui l’obligeait presque à lui accorder sa confiance. L’Heartsmith s’excusa timidement en baissant la tête, ressassant les paroles qui venaient de lui être adressées. Il ne voulait pas inquiéter Komui. Jamais. Savoir que son état touchait à ce point l’ancien intendant déclencha un rebond étrange dans sa poitrine. Instinctivement, il y posa sa main, perdu, une légère lueur s’échappant de sa paume. Sa crise était passée, finie, alors pourquoi est-ce que son réceptacle semblait encore avoir des ratés ?
À ses côtés, le praticien attendait d’avoir de nouveau toute son attention afin de lui demander gentiment de retirer le T-Shirt poussiéreux qu’il portait toujours. Ses yeux ridés se plissèrent lorsqu’il surprit la tension qui s’empara presque immédiatement des épaules du réparateur. Il savait d’expérience que certaines personnes pouvaient être particulièrement rebutées par l’idée de se dévêtir, que ce soit par gêne ou par pudeur, mais ici, ce n’était pas le cas. Ce qui figeait les membres de son patient était une peur plus viscérale, plus sombre. Un frisson parcouru son échine lorsqu’Ank finit par s’exécuter, le laissant voir durant un court instant les nombreuses cicatrices qui rayaient la peau de son torse. Ces dernières disparurent cependant dès qu’il cligna des yeux, comme si ces marques dans sa chair n’avaient jamais existé, n’avaient été qu’un simple mirage amené par une luminosité facétieuse. Le médecin retint une grimace. Si son expérience lui avait bien appris quelque chose, c’était bien que rien, ici, n’était un mirage lorsque cela touchait l’intégrité physique de ses patients, et la magie pouvait fort bien avoir un rôle à jouer dans cet étrange flottement qui ne lui disait rien qui vaille.

Gardant son sourire avenant, il entreprit de rassurer Ank alors que sa main droite s’arrêta à quelques millimètres de sa poitrine, paume ouverte. Son pouvoir y pulsa doucement d’une couleur chaude et tranquille, réchauffant doucement la peau du plus jeune alors qu’il entreprenait de constater son état. Son examen ne lui prit pas beaucoup de temps, et le problème posé était simple. L’Heartsmith possédait un cœur en morceau. Le praticien ne fut même pas tenté de sourire de l’ironie de la situation tant cette dernière lui était familière. Les chausseurs étaient les moins bien chaussés, il n’était donc guère étonnant que celui qui avait le plus besoin de voir son réceptacle soigné n’était nul autre que celui qui réparait ceux des autres. Il ne pouvait malheureusement pas grand-chose pour lui, si ce n’était soulager ses membres de la douleur qui les empoisonnait allègrement, et l’obliger à garder le lit pendant un petit bout de temps. Son corps réclamait en effet du repos à corps et à cris, et au vu des cernes violacées qui soulignaient ses yeux, il n’avait sans doute pas écouté ce besoin lancinant durant au moins deux ou trois jours. Le médecin soupira légèrement. Il allait demander à son petit-ami de garder un œil sur lui. Qui sait ce que cet inconscient serait tenté de faire une fois laissé seul ?

Il ramena doucement sa main vers lui, prêt à demander des précisions à son patient lorsqu’une anomalie arrêta son geste. Sa magie venait de repérer quelque chose qu’elle n’arrivait pas à identifier, quelque chose qui se trouvait comme enfoncée au sein même du réparateur. Le praticien haussa un sourcil alors que la sensation s’éluda sous ses doigts, le laissant plus que sceptique. Il savait déjà que quelque chose clochait, certes, mais il n’avait malheureusement aucune idée de ce que cela pouvait être. Si encore son patient avait été humain, cela aurait été bien plus facile pour lui, mais il était de nature… « Féérique » s’il reprenait les Alice. À peu près tous les habitants du quartier avaient eus vent de l’histoire du petit réparateur, du pourquoi lui et sa boutique étaient soudainement apparus dans cette rue sans signes avant-coureurs. Naître d’un simple vœu était loin d’être courant, même à Wonderland… Et c’était peut-être cela, au final, qui pouvait expliquer en partie son étrange constitution. Les vœux pouvaient changer, volontairement ou de manière inconsciente, par le biais de nombreux facteurs : la mort du premier rêveur, des sentiments positifs ou négatifs, la corruption du vœu par une tierce personne… Les raisons étaient multiples déjà à la base, et explosaient lorsque la personne qui avait formulé son désir mourait. Le scénario le plus était toutefois que cette mort entraînait le créateur mais aussi sa création. Cette dernière dépérissait faute de volonté sur laquelle se nourrir et finissait, au bout de quelques jours, mois voire années, par se transformer en poussière d’or ou de cendre…

- Monsieur ?

Le médecin cligna des yeux. Son regard remonta sur le visage de son patient, y trouvant une expression inquiète et surprise. Son absence avait donc été notée par le plus jeune qui sourit timidement, rassurer de le voir de nouveau avec lui. Le praticien lui sourit et se leva, sa paume perdant la lueur qui l’habillait jusqu’alors. Pas question de l’inquiéter pour le moment, surtout qu’il ne faisait que des suppositions, et qu’aucune d’entre elles ne pouvaient prendre le pas sur les autres… La seule chose qu’il pouvait faire c’était de laisser son numéro aux deux amoureux, dans l’espoir que cela soit inutile, quand bien même son instinct lui soufflait que l’alité risquait de faire appel une nouvelle fois à ses services. Et que ce ne sera pas pour un rhume ou une grippe.

- Ce n’est rien, j’ai fini…

- Est-ce que Komui peut revenir alors ?

Le sourire se fit plus franc sur ses lèvres vieillies. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu tant de candeur dans le corps d’un adulte. Il avait, après tout, la même innocence que celle d’un enfant.

- Bien sûr, j’allais justement lui dire de venir. Restez allongé.

L’intéressé hocha la tête, de toute manière incapable de se redresser correctement par lui-même. L’homme aux cheveux poivre et sel se leva et alla vers la porte, l’ouvrant tranquillement. Comme il s’y attendait, le scientifique n’était pas loin, et il n’eut même pas besoin de faire un geste pour avoir sa pleine attention.

- J’en ai fini avec votre ami. Il vous réclame. Par contre…

Le médecin regarda un court instant le mécanicien des sentiments. Ce dernier attendait tranquillement, chiffonnant négligemment les draps entre ses doigts couverts de cicatrices plus ou moins fines. Celles-là, au moins, ne semblaient pas être prêtes à se laisser effacer…

- Il faut que je vous avoue que je ne peux guère faire grand-chose pour lui pour le moment. Son état n’est pas dû à quoi que ce soit de physique… Mais peut-être que cela changera plus tard, même si je n’ai aucune idée de quand ou comment, je vous demanderai donc de garder un œil sur lui… Par contre, évitez de lui en parler pour le moment, je n’ai aucune idée de comment il pourrait réagir face à cela.

Il tendit son numéro au scientifique avant de s’effacer pour lui laisser la voie libre. Ank venait en effet de tourner la tête vers eux, il était donc préférable de continuer plus tard. Il échangea un regard avec Komui et l’observa entrer avant de refermer la porte derrière eux, les enfermant tous les trois dans la chambre. Il se tint devant eux, son matériel sous le bras.

- Bien, à première vue vous avez surtout besoin de repos et de calme. Vous vous êtes trop poussé, et votre cœur a besoin de temps. Interdiction de reprendre le travail pendant au moins une semaine voire deux. Monsieur Lee, je compte sur vous pour l’obliger à rester tranquille durant cette période…

Ank rougit et baissa la tête, prenant sans le vouloir la posture d’un enfant pris en faute. Une à deux semaines… Cela lui paraissait si long soudainement… Qu’allait-il bien pouvoir dire pour rassurer ses clients ? Comment allait-il expliquer cela à la jeune femme qui lui avait confié son réceptacle, comment-

- La nouvelle a déjà dû faire le tour du quartier. Je doute que vos clients vous en tiennent rigueur… Ce serait même plutôt le contraire…

Le réparateur releva la tête et l’hocha timidement. Il n’avait de toute manière pas le choix…

- Bien… Je vais vous laissez messieurs, faites attention à vous et reposez-vous bien… Vous avez mon numéro, n’hésitez pas à me contacter au moindre problème.

Ce fut sur ces derniers mots que le praticien les laissa seuls, fermant la porte derrière lui après un dernier salut. La maison redevint silencieuse après son départ, et Ank leva ses yeux vers Komui, essayant d’y décrypter la moindre trace d’inquiétude. Timidement, il lui sourit, ne sachant pas trop quoi dire, quoi faire.

- Désolé de t’avoir inquiété Ko’…

Le surnom était sorti tout seul de ses lèvres, mais il était trop fatigué pour y prendre garde. Il ne voulait pas dormir maintenant, pas alors que son ami se trouvait à ses côtés. Une question lui traversa alors l’esprit. Il n’attendait pas le scientifique aujourd’hui, il en était sûr… Alors comment se faisait-il qu’il se trouvait à son chevet lors de son réveil ?

- Tu étais venu pour me rendre visite ?
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MessageSujet: Re: Limites et déchirure [PV Komui Lee]   4/1/2017, 23:42

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Un pas. Qui s'élance à la poursuite du suivant. Puis qui trace une ligne vers le suivant. Puis qui continue d'esquisser une danse vers le prochain. Qui continue d'étirer un fil entre la personne que je laisse ici et moi, un fil toujours plus étendu, toujours plus long...... Un fil qui se tend, qui s'étend, et qi froisse un peu plus mon cœur à chaque pas. Comme un étrange pincement qui se renforce à chaque pas. Comme si partir était criminel....... Quand c'était ce que je devais faire.
Mais ne t'arrête pas. Sous aucun prétexte. Ne te retourne pas. Un murmure de la raison.
Un regard, un seul, et ton cœur flancherait. Et tu reviendrais et enverrais voler le secret médical par la fenêtre. Je le sens d'instinct, sans trop savoir pourquoi....Sans que je ne m'en explique la raison.
Probablement en vertu de l'amitié que j'avais pour lui et de ma volonté de le soutenir, quoi qu'il  arrive. Très certainement.Mais tu ne peux pas, tu n'as pas le droit.
Je le savais très bien alors que je continuai ma marche, mes pincements se renforçant.
Je ne le savais que trop bien. Car telle n'était pas ma place.
Je me devais de continuer et ne point m'arrêter.
Un nouveau pas s'enchaîna avec le suivant, puis le suivant rejoignit le premier, puis le premier rejoignit le troisième et la valse de mes pas continua.

Les pas s'enchaînaient et à chaque pas, j'allais pour m'éloigner de toi. C'était comme si nos mondes devaient s'éloigner. Ce n'était que pour un temps, je le savais bien..... Je ne savais que trop bien que je ne pouvais m'envoler plus loin, que je ne pouvais partir, que je ne pouvais fuir.... Et même si mon corps fuyait, mon cœur lui resterait tapi dans cette pièce à sans cesse revenir vers toi en pensée... Même si je l'avais voulu, même si physiquement parlant , j'aurai pu, mon âme à ce lieu resterait attachée. Je ne le savais que trop bien. Et puis je ne pouvais pas t'abandonner....  Pas cette fois, pas encore, pas quand j'avais le choix...... Je n'allais pas t'abandonner comme j'avais abandonné mes camarades.... Je le jurais... Mais alors.... Mais alors qu'étais-je en train de faire ????
Un murmure en moi. Et je m'arrêtai en plein milieu de ma course et frissonnais.
Pourtant, je ne le devais pas, en aucun cas... Je n'avais pas le droit, je ne devais pas.....
Je n'avais aucun droit de rester à cet instant. Pas le droit de m'arrêter....

Mais alors pourquoi, malgré tout......
Parce que.... Parce que.... Et si.....
Les pensées traversèrent mon esprit et je ne pus les arrêter. Simplement me figer. Et les écouter.
Est ce qu'il croyait que je l'abandonnais ? Est-ce qu'il pensait que je l'abandonnais..... ?????
Est-ce qu'il m'imaginait ainsi en train de le fuir ????? Est-ce qu'il pouvait penser, un instant que....
Un regard, en arrière vers lui.... Un seul.... Rien qu'un..... Rien qu'un....
Un seul, rien qu'un seul..... Un seul pour m'assurer qu'il ne le pense pas....
Rien qu'un, s'il te plaît, sois clément, pour une fois......
Tu n'avais pas le droit. Tu te rappelles, n'est ce pas ?
Tu n'avais pas le droit, infâme abruti, au nom du saint secret médical..... Et qui étais-tu pour penser avoir le droit de rester ? Tu n'es que son ami, rien de plus. Tu n'as pas le droit de rester. Ce serait des liens qui n'existent pas entre vous qui seuls te laisseraient le droit de rester. Mais comme tu viens de le réaliser, ce sont des liens qui n'existent pas entre vous.... Continue ton chemin....
Continue, tu le dois.
Mais, mais s'il pensait que tu l'abandonnais.....
Il ne le pensera pas. Il ne peut pas le penser.
S'il le pensait, la nature de vos liens ne serait pas ce que tu penses.
Tu sais cela impossible. Tu sais quelle est ta place.
Tu es son ami. Un ami n'assiste pas à l'examen de son ami.
Telle n'est pas ta place. Continue.
Ton chemin n'est pas celui derrière toi.

Un frémissement. Mon corps qui se crispe, mes dents qui mordent ma lèvre inférieure, qui s'y refuse l'espace d'un instant.... Un instant qui paraît infini, qui fait tressaillir ma raison de surprise avant que mon corps n'y réponde à nouveau.... Je faisais le choix qui s'imposait, je le savais.....
Je faisais le choix qui se devait être fait... Je faisais les actes que l'on attendait de moi et je le savais... Je suivais le chemin que je devais suivre....
Alors pourquoi, pourquoi avais-je l'impression qu'à chaque pas que je faisais de marcher sur une lame acérée qui écorchait un peu plus ma chair fragile ? Pourquoi avais-je l'impression qu'à chaque pas qui me venait que mon sang de plus en plus irradiait de blessures que mes pieds à ce monde offrirait.... ? Pourquoi avais-je l'impression à chaque pas que mon cœur se froissait un peu plus, qu'à chaque pas, l'étoffe de mon cœur se froissait pour peut être finir, par se déchirer en morceaux de tissus qui se prendraient dans l'air ? Pourquoi avais-je l'impression que chaque pas venait tordre un peu plus mon cœur, venant y causer de nouvelles blessures, de nouvelles fêlures ?
Et pourtant cette réponse, je l'avais.

Parce que cela te rappelle quelque chose.
Il me suffisait de fermer les yeux, il me suffisait de fermer les yeux et je les sentais à nouveau...
Les milliers de spectres qui me regardaient vivre et avancer depuis l'espace qu'en mon esprit ils occupaient..... Les milliers d'individus qui me séparaient d'être un individu bon... Ceux que j'avais envoyé à la mort, ceux que j'avais laissé en mourant à mon tour..... Ceux qui tous en cœur murmuraient mon nom et des pourquoi infinis... Je pouvais difficilement les oublier....
Ils se tenaient en permanence entre la pureté de mon ami et mon âme... Ils étaient là constamment...
J'avais appris à vivre avec leurs pas, avec leurs murmures, avec leurs présence....
Mais je ne devais tout simplement pas être prêt à en rajouter un de plus.....
Un sourire, comme un morceau de violon qu'un artiste déploya vint se jouer sur mes lèvres et je le laissais y fleurir. Il n'avait rien de joyeux, ni de doux. Il n'était qu'un amer constat, une peur profonde d'une situation qui reviendrait....
Mais elle ne l'était pas, elle n'avait rien à voir, bien au contraire....
Je ne l'abandonnais pas, cher cœur, je ne l'abandonnais en rien.... Je ne m'éloignais que pour mieux lui revenir..... Je ne m'éloignais que pour mieux revenir... Il ne fallait point s’inquiéter...
cela n'avait rien à voir, rien à voir....
Ah oui, et pour lui ? Cela n'a rien à voir non plus ?

Un frisson glacé à nouveau. La peur qui se fait à nouveau plus encore présente.
Leurs murmures à nouveau en mon âme..... Je les imagine sans peine, j'entends leurs voix sans peine, bien qu'ils ne sont que des images de mes chaînes de culpabilité.... Je les vois, je les sens me regarder, me juger de leurs regards..... Pourquoi ? Pourquoi ? Tu vas l'abandonner comme tu l'as fait avec nous ? Tu n'apprends donc jamais ?  Tu ne sais faire que cela, fuir ? Lâche, horreur, assassin....
Je ne fuis pas, je ne l'abandonne pas, je sors juste pour respecter mes convictions.....
C'est une fuite et tes convictions ne sont que des chimères et des horreurs.... Tu devrais trembler de honte, fondre à nos pieds et aux siens et même t'excuser ne suffirait jamais.... Tu le sais n'est ce pas
? Tu le sais très bien... C'est pour ça que nous te hantons sans cesse....
Oh oui, je le sais.... Très bien. Trop bien. Mais ce n'est pas pareil aujourd'hui.
Oh si et tu le sais... Il s'agit de la même chose. C'est toujours un accident, tu te complais dans la pensée des accidents... Mais ce n'en est pas un, hein ?
Tais toi. Tais toi. Tais toi esprit de ma culpabilité, taisez vous spectres de mes peurs et angoisses....

Un pas encore. Chaque pas devient une torture. Leurs voix sont de pires en pire....
Elles hurlent les peurs de mon cœur. Elles grimpent en intensité et en atrocités....
Je connais déjà leurs suites quand j'aurai passé la porte....
Elles se refermeront sur moi pour me plonger dans leur enfer......
Elles se refermeront et chanteront leurs horreurs à mes oreilles...
Et je n'aurai qu'une envie, revenir ici.. Mais je ne pourrais pas et il me faudra attendre...
Et pendant ce temps, petite Sirène chassée du monde des eaux, j'apprends à marcher avec mes jambes vers le tourment..... Et pendant ce temps, chaque pas me coûte autant que ceux de cette pauvre Sirène échouée...... Et pendant ce temps, les milliers de voix de ceux que j'ai aimé continuent de hurler.... Tendre leurs doigts pour venir me lacérer vivant... Porter leurs ongles à ma chair et la griffer, puis ramener à leurs lèvres le sang qui a été versé.... Que j'ai donné en pâture et que sur moi ils viennent chercher... C'est la chanson des damnés, des âmes jamais oubliées qui me suivent pas à pas, toujours plus douloureuses, c'est ma Wallpurgis, le bal des horreurs où je suis convié et le seul à y souffrir de tout temps et pour jamais.... C'est leur chanson toujours plus triste, toujours effrayante, toujours plus lacérante... Ils ne sont qu'un chœur de douleur et d'horreurs, alors qu'un pas, un seul me sépare de leur unique et seule chanson..
Mon enfer se trouve derrière la porte qui me fait face. Derrière, j'entends déjà le chœur de saluts qui m'attend. J'entends déjà leurs voix et je vois déjà leurs sourires qui me clament la bienvenue dans des puits de ténèbres et d'angoisses..... Je devine leur présence sans peine, avec en tête,ma Lenalee les mains gorgées de mon sang qui m'adresse le plus beau sourire au monde.....
Et, elle le sait très bien, à son sourire, je n'ai jamais pu résister.
Je soulève ma main pour sur la poignée bientôt la déposer.

Et ta voix subitement se joint à leurs chœurs.
Ta voix qui me supplie derrière moi. Qui est comme une chaîne de lumière qui essaye de me retenir, m'attacher à elle, me retenir à ses côtés dans la chaleur du Paradis, auprès de l'ange que tu es.
Qui semble ignorer la centaine de milliers de personnes qui m'attendent pour finir de me lacérer.
Ce n'est point mon nom, c'est un surnom mais c'est comme une épée qui me traverse de part en part. Qui me fait tressaillir et m'arrêter, quelques centimètres au dessus de l'enfer qui m'attendait.
Et mon cœur vacille et je voudrais me retourner.
Et mon cœur vacille et tremble et se fissure plus encore vers cet appel que tu lances vers moi...
Je t'imagine sans me retourner.... Main tendue vers moi pour me retenir.....Pour arrêter mes pas.
Mais que puis-je faire ? Je ne peux rien faire. Mon destin est scellée par cette porte que je n'ai fait que mériter.Et mes ombres derrière me sourient et me tendent les mains et leurs bras pour que je vienne y reposer. Et si mon visage se crispe, si mes oreilles ignorent ta voix, le geste lui va vers la poignée... Et dans les ténèbres, me jeter je vais.
Vois comme mon cœur est sale et impur. Tu vois, ma lâcheté ? Je te fuis, je vais à côté....
Je te laisse seul le mal affronter.... Vois là, admire là... Tu vois je ne suis qu'un monstre, qu'une horreur, qu'une saleté, alors ne m'appelle pas et ne me cherche pas... Je ne ferai jamais que te blesser....

Je me laisse glisser au sol, là où ma vraie place est.
Autour de moi leurs cris redoublent et fondent sur moi..... Ils font la fête, ils dansent, ils exultent.... Ils s'emparent de la moindre parcelle de mon âme et viennent me chanter au visage ce refrain de ma propre vie que je connais trop bien..... Impuissance, impuissance, impuissance, tu t'agites dans tous les sens... Fatigué, oublié, c'est au sol que toujours vous le trouverez... Ses mains de notre sang est taché, mais sa conscience de ses horreurs n'est jamais entachée..... Indigne et fuyant, voici l'ombre qui dans la mort va, en ceux qu'il aime plongeant....Admirez la cruauté du cœur glacé qui gît ici et qui livre à un inconnu ce qu'il a de plus cher en ce monde purgatoire où il paye le mal qu'il a fait....
Quelle infamie !
Regardez son âme, ses blessures qui jamais assez grandes ne seront... Qui pensera sans cesse qu'il doit payer encore et encore le prix de ses erreurs..... Qui paye et souffre mais ne payera jamais pour toutes nos vies envolées, pour tout ce qu'il a abandonné...
Quelle infamie !
Regardez le se débattre en nos cris, en nos horreurs... Voudrait-il fuir les chaînes que nous lui donnions ? Elles sont justes, elles sont vraies pourtant..  Accepte les... Voici ton tribut, pour tout le mal que tu nous as fait......
Quelle infamie !

Chantez,mes sœurs, chantez... Mes frères, Ô mes frères, dansez...
Regardez son âme faible qui au sol se tord.... Il ne se défend pas... Nous pouvons le ravager, personne n'en saura jamais rien... Personne n'est avec lui quand nous tordons son cœur et son corps... Il est à nous, rien qu'à nous et personne ne peut nous le reprendre....
Ils nous appartient... Il est faible, si faible....
Il ne peut même pas protéger ce qu'il a de cher.. Il ne peut même pas sauver lui-même ce à quoi il tient... Faible, faible, faible... Il ne sert à rien..
Faisons une ronde, mes sœurs, tournons autour de lui, moquons nous allègrement, de toute manière il ne fera rien... De nous exorciser, il ne ressent nulle besoin... Il veut souffrir pour l'éternité entre nos bras alors mes sœurs exauçons le seul vœu sensé que cet insensé a jamais fait.....
Oh mes sœurs regardez comme il est triste et fissuré en son âme....
Et bientôt oui bientôt quand le pire le touchera, tu sombreras encore plus entre nos bras....
Et bientôt oui bientôt, quand il reviendra c'est le pire qu'il t'annoncera et tu te sentiras plus encore inutile, pas vraie petite âme ? Tu te sens toujours inutile, toujours stupide... Tu ne sers à rien et tu ne sauves personne... Tu ne pourras jamais t'amender, tu n'en as pas droit. Souffre pour l'éternité.

Ô mon frère... Toi qui viens de nous rejoindre..... Tu veux t'approcher..... ?
Je t'en prie... Laisse toi glisser dans notre ronde... Voilà nous te faisons une place...
Voilà, mon tendre frère aimé, vois le visage de la personne que tu as abandonné....
Elle tenait à toi et tu l'as abandonné.... Elle tenait à toi, t'as appelé mais tu l'as simplement ignoré...
Cruel, tu es si cruel, mon frère..... Tu es l'être le plus cruel au monde...
Tu abandonnes tout ce que t'approche... Tu nous abandonnes tous. Au final tu n'es qu'un lâche, un stupide lâche. Bien fou serait celui qui s'attache à toi. Tu n'apportes que le malheur, que l'horreur...
Regarde, c'est sûrement à cause de toi que la pureté endure de tels maux...
C'est parce que tu existes,parce que tu es là, que ton existence salit son air....
Tu pollues l'atmosphère, disparais.... Elle s'éloigne d'un pas, retourne dans sa ronde...
Puis le suivant approche. Il a ton visage. Je t'imagine sans peine...
Je le vois, ton visage empli de questions et de douleur....
Pourquoi, pourquoi tu m'as laissé ? Pourquoi tu es parti ?
Je n'ai qu'une réponse, à cette question, Ank. Une seule.
Mais tu es l'Ank de ma culpabilité. Cette réponse tu ne voudras pas l'entendre, je le sais.
Je ne me bats jamais contre ces nuées noires. Ça ne sert à rien, elles ont toujours raison.
Le seul qui pourra m'entendre est là, haut dans le monde des vivants, hors de mon monde de ténèbres et de démons mêlés. Loin de mes angoisses et mes peurs des mots où tu n'as point encore pris place. Où tu n'es que reflet de mes peurs et de mes culpabilités.
Le seul qui puisse m'entendre, le seul qui compte vraiment.
Le seul encore bien vivant.

Je redresse la tête dans mon océan de ténèbres. Autour de moi les ombres se figent et se taisent....
Ou plutôt continuent de chanter. Je me concentre un instant et je peux encore entendre leurs voix....
Crève, abruti... Tu ne peux rien... Tu es responsable de tout.... Et pendant que tu es au loin, il souffre en silence, apprends la vérité, apprends qu'il sera condamné parce qu'il t'a connu....
Tu ne fais qu'abandonner les autres...... Tu n'es qu'un lâcheur...
Tout cela je le sais, trop bien. Bien trop bien. Je connais par cœur ces mots, ces discours, ces nuées.
Je pourrais citer à la ligne près leurs mots, décrire au détail près leurs visages et le détail de leurs chansons et de leurs danses..... Je les connais par cœur, je les entend presque continuellement....
Mis à part quand je crée, où j'ai l'illusion, l'espace de quelques temps que je sers à quelque chose....
Mis à part quand je suis avec toi et que tu vas bien. Mis à part quand c'est l'amitié qui nous lie, mis à part quand je me soucie de toi au point de tout quitter pour venir te voir. Et elles savent que ce sont les seuls moments où elles n'ont point de poids sur moi. Elles le savent à la perfection.
Elles le savent que face à la pureté qui émane de toi, elles n'ont point de prises sur moi, mais elles savent aussi que le jour où tu connaîtras mes forfaits, elles auront tout pouvoir sur moi....
Elles le savent, le savent très bien.... Elle n'attendent que ça. Le jour où cela arrivera, elles me dévoreront. Et aujourd'hui cela ne sera en rien comparable au tourment que j'aurai alors.
A présent, elles sont suspendues à mon prochaine geste. Elles savent qu'il scellera leur destin pour aujourd'hui... Elles sont pendues à mon geste, guettant ce que je vais faire dans les secondes à venir... Elles attendent, ne font plus rien et ne bougent pas alors que je me relève....
Il serait mal avisé que le docteur, quand il reviendrait dans le couloir d'être trouvé affalé au sol...
Que dirait Ank, s'il m'entrevoyait, ne serait-ce qu'une seconde affalé au sol derrière le bois de la porte ? Que penserait-il ? Je ne veux pas me l'imaginer.....
Que penserait-il ? De mon visage qui avait pâli, comme me l'apprit mon reflet qu'un cadre me renvoya... Mon reflet aux yeux quelques peu rougis où dansaient encore accrochaient à mes cils quelques perles liquides que je me devais de faire disparaître....
Ma manche que je remonte pour les faire disparaître du coin de mes cils....

Et leurs rumeurs qui reprennent en mon cœur..... Alors que je me redresse...
Mais ne les écoute pas, pas cette fois... Concentre toi sur ta respiration...
Inspire, expire. N'écoute que son souffle se répandre en l'air puis revenir en toi.
N'écoute que lui, seul lui importe. Puis écoute ma voix à moi, ta raison....
Tu ne l'as pas fui, tu as fait ce que l'on t'a dit de faire.
Tu ne l'as pas abandonné, la preuve, tu es encore en ce couloir.
Il va bien, il va très bien et il n'y a aucune raison pour qu'il t'annoncent de bien pire nouvelles.
Tout va bien, tout ira bien... Il est médecin, lui, il pourra l'aider.....
Ne l'envoie pas tout de suite la mort côtoyer...
Et si c'est bien de ta faute, ce n'est point fuir qui saurait l'aider. Au contraire.
Et puis tu ne saurais fuir, si c'était ta faute.... Jamais. Tu l'apprécie trop pour ne serait-ce que l'envisager..... Au contraire, tu voudrais tout faire pour l'aider, minimiser ses peines et ses douleurs.
Tu ne le sais que trop bien.

Mais calme toi, à présent. Détends toi, envoie se taire tes peurs.
Car assurément d'elles Ank n'aura pas besoin. Reconstruis teintes par teintes ton masque d'insouciance qui s'est défait par inadvertance.... Remets y les couleurs que tu dois avoir.
Peins sur la toile de ton cœur le sourire insouciant qu'il est sensé y voir.
Reprends ton pinceau et peins une sérénité qui n'est point en ton âme. Rajoute-y les contours de ta joie, de ton cœur de joyeux drille.... Ajoute de la pointe du pinceau ça et là quelques pointes de rêve, quelques pointes de douceur et de joie..... Quelques nuances de couleurs et de vie pour chasser les démons qui t'entourent.... Farde toi comme un acteur s'apprêtant à regagner sa scène...
Farde toi car tu n'auras que peu de temps avant d'être ramené à la scène du théâtre de la vie et tu devras être prêt à entendre tout et n'importe quoi avec le même visage sans rien en laisser voir....
Farde toi, car à partir du moment où la porte s'ouvrira, tu seras ramené dans lé vérité, la réalité....
Et il sera trop tard pour prétendre que tout va bien. Et Ank repérera instantanément les attaches de ton masque en train de se remettre en place....
Inspire, expire une nouvelle fois. Songe à ce que tu vas faire après, une fois revenu....
Cela achèvera d'enterrer tes peurs et tes angoisses, tes spectres d'autrefois......

Voilà une excellente idée. Que vais-je dire et faire quand il reviendra ?
Tout dépendra du médecin... S'il estime que je devrais m'en retourner pour le laisser se reposer, je m'en retournerai. Pas de gaieté de cœur mais je le ferais. Et le lendemain me précipiterais chez lui...
Je secouai la tête. Mais oui, comme si de une c'était raisonnable et une excellente idée quand il serait vraiment fatigué.... Décidément j'étais impossible..... Un sourire  moqueur de moi-même se dessina un peu malgré moi sur mes lèvres. Décidément, donner et manifester mon amitié ne me réussissait guère.... Qu'il semblait loin le Komui qui ne s'autorisait point cela....Cet homme qui ne savait rien avoir le droit d'exprimer, se tenait toujours droit et fier en essayant de toujours garder son esprit droit et froid...Et qui en était réduit à reproduire des réflexes qu'il n'avait plus de nécessité d'avoir....Me voici devenu quelqu'un d'un peu moyen. Je suis devenu trop sentimental, selon Luberrier. Un nouveau rictus amer alors que mes ténèbres se gaussent de moi...... Mais riez, riez mes belles, vous avez bien raison... Celui dont vous vous moquez vaut bien toutes vos moqueries... L'enfant au cœur de glace, l'enfant aux mains tâchées de sang est simplement ridicule, un pauvre hère qui se débat dans ses chaînes et ne fait que les resserrer.... Regardez comme mon visage et mon cœur sont ridicules.C'est l'évidence même. Un nouveau rictus... Puis un constat d'où je vais. Me rejeter dans mes ténèbres. Ce n'est point le moment. Surtout que j'avais un échappatoire. Il valait mieux m'y cramponner de toutes mes forces pour achever d'enfin remonter. Il valait mieux ne penser qu'à lui.

Commencer par dessiner la scène. Esquisser sur la toile de mes songes les ébauches de possibilités.... Imaginer ton visage qui me verrait revenir... Peut être empli de soulagement ou de joie de me voir revenir.... Peut être à n'attendre que ça... Ou alors empli de douleur à l'idée de t'avoir vu le fuir, susurre une voix qui se penche sur mon épaule... Et sur ton visage en mon esprit chacune de ses émotions se peint puis se dissout alors que je frissonne. Mais la voix n'en a point fini...
Et reprend, assassine... Que feras-tu quand il te regardera de la sorte, espèce de lâche, que feras-tu, quelles seront tes actions.... ? Un frisson plus encore intense, mes poings qui se crispent....
Et le constat qui glisse en moi. Je m'excuserai, tout simplement.
Je lui expliquerai pourquoi, sans laisser ma voix trembler. Je lui dirai ce qu'il en est sans frissonner.
La voix surprise, recule. Mais ne se tait pas longtemps. Elle reprend pleine de méchanceté.
Et s'il te regarde avec dégoût et horreur, et s'il te voit comme un lâche ?
Un nouveau frisson. Mais je ne décrispe pas les poings. Pour l''instant, je réalise, je dois lutter.
Alors je lutte. Surtout qu'ici aussi la réponse est simple.
Alors je m'excuserai, là aussi. Je lui prouverai par mes actes que je ne suis point un lâche.
Et si c'est vain, et si une telle action te vaut sa perte ?
Alors je m'en irai. Quoi qu'il m'en coûte.
Et si tout est de ta faute ? Et si tu lui as attiré de tels malheurs ?
Alors je ferai en sorte de l'aider à supporter ses tourments.
Que.... La voix recule, pétrifiée... Elle ne s'attendait pas à ce que j'ai réponse à ses remarques assassines. C'est stupide. Elle sait bien à quoi je me prépare. A devenir une fois de plus l'espoir.
Elle se doute bien, qu'en ces conditions, je ne la laisserai plus me gagner.
Je ne peux pas me le permettre. Il faut qu'au moins un de nous puisse encaisser.
Je serai celui qui subira et souffrira en silence pour autrui.
Tel sera ma croix.

Mon reflet dans le cadre me renvoya mon regard brillant de détermination.
Me présenta mon poing toujours crispé. Me présenta l'image d'un homme prêt à endurer le pire des tourments pour ceux qu'il appréciait et pour qui il avait de l'amitié. Il ne manquait qu'une nuance pour que cet homme prêt à endurer tous les fléaux soit celui qu'il devait être. Il me fallait à présent la peindre sur mes lèvres. Et me préparer pour la dernière scène de cette pièce de théâtre qui allait se jouer et dans laquelle j'allais avoir mon rôle à jouer avant que mes démons ne viennent me revoir dans mon sommeil pour me laisser souffrir en paix puis revenir quand ils seraient réveillés par quoi que ce soit qui pourrait les réveiller.Et tout doucement sur mes lèvres, comme mon regard, il vint tout doucement, frêle tout d'abord comme une esquisse, puis dessiné comme sous les traits d'un crayon puis peint des couleurs de ma vie. Et dans la glace apparente, mon reflet du masque reconstruit esquissa un sourire envers mon être de chair qui lui faisait face et venait chercher son soutien. Et dans le silence apparent qui régnait céans, mon âme se contenta de regarder mon reflet, sans bouger comme par peur de briser l'instant, étrangement fragile, comme si n'importe quoi pouvait le briser et me replonger dans la réalité. Comme si mon temps hors scène se comptait à présent en secondes. Comme si j'avais le pressentiment que quelque chose allait venir me chercher d'ici peu.... Et d'instinct mon corps se tendit, à l’affût du silence alentour pour m'en gorger encore un peu avant l'instant où le monde rebasculerait... Et puis dans l'air.... Comme un bruissement... Un courant d'air qui vint caresser ma nuque.... Un regard que je sens sur ma nuque. Un frisson qui me parcourt alors que je me retourne et que je fais face à la Réalité personnalisée qui revient à moi.
Quelques pas et me me voici à nouveau sur la scène de la Vie que j'avais laissé derrière moi.
Quelques pas et me voici entouré de mes ténèbres qui s’accrochent à mes épaules et se dissimulent derrière ma peinture de masque alors que je me prépare à endurer les coups que la réalité va m'asséner. Je n'essaie pas d'anticiper.... Ça ne sert à rien. Il faut simplement laisser venir à moi le coup.... Et ne rien laisser paraître. Rester de glace quoi qu'il dise. S'attendre à tout.
Même au pire, chuchote la voix de mes angoisses. Que je chasse d'un coup.
Ne pas y penser. Ne pas y penser alors que je tourne toute mon attention vers celui qui tient le destin de mon ami cher entre ses mains..... Ne pas y penser alors que ses mots viennent s'élancer en ce monde.

- J’en ai fini avec votre ami. Il vous réclame. Par contre…
Un peu de miel qui glisse sur mes plaies ouvertes et me fait tressaillir intérieurement.
Qui fait reculer quelque peu l'ombre en moi, consternée, mais qui ne l'empêche pas de murmurer, insidieusement, à mon oreille.Regarde, il y a un par contre.... Qu'est ce que ça va être.... Je réprime un frisson. Ne pas y penser.Attendre le coup qui va arriver s'il doit être infligé. Rester immobile, ne rien trahir.Ne pas bouger. Ank qui dans le fond s'amuse avec les draps pourrait capter la moindre nuance de mon visage et s'en inquiéter. Laisser venir à moi ce qui doit venir. Ne penser à rien, rien qu'aux mots qui vont venir. Les guetter, rester immobile et attendre.
- Il faut que je vous avoue que je ne peux guère faire grand-chose pour lui pour le moment. Son état n’est pas dû à quoi que ce soit de physique… Mais peut-être que cela changera plus tard, même si je n’ai aucune idée de quand ou comment, je vous demanderai donc de garder un œil sur lui… Par contre, évitez de lui en parler pour le moment, je n’ai aucune idée de comment il pourrait réagir face à cela.

Ne pas trembler. Ne pas réagir. Accuser le coup alors que l'information s'insinua en moi. Ignorer la voix de l'angoisse qui exulte d'un résultat plus encore incertain que ce qu'elle prévoyait. Ignorer la peur de cet incertain, ne rien laisser voir de ce que cela éveillait en moi.  Ne pas montrer la peur, ne pas montrer ce que cela réveille d'angoissant.  Ne pas montrer que savoir que la médecine ne peut en l'état ne rien faire, que cela peut évoluer, peut être en pire me fait frémir d'horreur et de peur pour lui. Rester de glace, accuser le coup, surtout pour que Ank ne voit rien des effets de ces paroles sur moi et devine la vérité. Car le médecin avait raison. S'il devait avoir ne serait-ce qu'une piste sur cela, il y avait des grandes chances pour que le résultat soit..... catastrophique. Et je ne voulais pas l'envisager une seule seconde. Je ne serai pas celui qui lui fera du mal. Normal, tu le fais déjà... Tout est de ta faute.... Si tu n'avais pas été...

Tais toi, culpabilité, tais toi.
Ne viens point me mettre tes chaînes pour l'instant. Ni Ank, ni moi n'en avons besoin. Je dois rester fort pour l'ange qui se trouve non loin. Nous nous verrons plus tard, dans mes rêves. D'autant que le médecin attend une réponse. Une réponse qui me demande de veiller sur toi, Ankie. Un peu comme si j'étais tout le temps avec toi. Mais en aucun cas il ne me viendrait l'idée de refuser. Tu m'es un ami trop cher. Dans une demie conscience j'acquiesce donc sobrement. Tout mot serait inutile. Aucun autre mot entre nous ne s'échange plus ; ce n'est plus qu'un geste qui me fournit un bout de papier que je n'ai point besoin de déployer pour savoir qu'il s'agit de son numéro. Je me fige intérieurement en ma chair sachant bien ce que cela veut dire. Un frisson intérieur que je réprime à grand peine. Cela ne doit pas arriver. Cela ne peut pas, n'est ce pas ? Petit enfant, je voudrais me tourner vers quelque chose pour implorer de laisser mon ami tranquille, mais faute de savoir vers qui me tourner, je laisse le médecin s'effacer pour me laisser le passage et je le suis, prêt à me perdre dans la pantomime qui m'attend patiemment.... Cette pantomime d'insouciance que je dois simuler quand tout ce que l'on vient de me dire m'angoisse..... Quand ce geste fait n'a pour unique sens qu'une chose : que cela va recommencer.....


Mais tais toi, reste droit, ne laisse rien paraître. Ank n'a point besoin de telles pensées.
Ank n'a besoin que d'un ami qui ne s'inquiète pas. Alors reste droit, un peu étranger à tout ça, un peu insouciant. Persuade toi que tout va bien. Voilà. Tiens toi droit, ne dis rien, laisse le médecin parler. Écoute ce qu'il dit, n'écoute que lui et tout ira bien.

- Bien, à première vue vous avez surtout besoin de repos et de calme. Vous vous êtes trop poussé, et votre cœur a besoin de temps. Interdiction de reprendre le travail pendant au moins une semaine voire deux. Monsieur Lee, je compte sur vous pour l’obliger à rester tranquille durant cette période…
Voici les consignes données. Voici quelle sera ta mission, ta nouvelle mission. Elle n'a rien d'infaisable et un gentil petit Ank semble tout de suite moins têtu qu'un Reever épuisé obsédé par les dossiers à finir....Et puis, tu t'es fait une certaine spécialité en tant d'années de loyaux et bons services dans le détournement de travail.... Cela n'a rien d'infaisable bien au contraire.... Si je parvenais à faire tourner en bourrique un Reever, même au fait de mes tours et de mes ruses, détourner un Ank qui ne savait rien des conneries que j'étais capable de faire pour empêcher de s'approcher de son atelier ne devrait poser de soucis..... Non,aucun ~ Un petit sourire vient étirer mes lèvres à ses pensées alors que d'un hochement de tête j'assurai au médecin mon soutien pour cette tâche.... Voilà, tu vois. Rien n'est infaisable.
Même si cela signifie rester ici, tout le temps de sa convalescence ?
Une petite prise de conscience subite. Balayée rapidement. Évidemment ! Que ne ferais-je pas pour un ami ????? Que ne ferais-je pas pour Ankie ? Et puis cela signifie une pause bien méritée durant mon emploi.... Une pause que je n'avais pas faite depuis longteeeeeeemps....
Elle tombait à pic, ainsi. Comme ça elle éviterait de donner aux gens le temps de s'habituer au fait que je sois toujours là et toujours prêt. Définitivement, j'étais le maître de l'art de détourner le temps. Un petit sourire fier.

Ah oui, et où est ce que tu dormiras, grand bêta ? Tu ne veux quand même pas squatter sa chambre, si ? T'es à ce point sans gêne...... ?
Bie...Bien sûr que non, enfin ! Je vais... Je vais quand même pas en venir à ça, vo...voyons.... !
Ça....Ça ne se ferait trop pas..... Et... Et puis, un ami, ça ne dort définitivement pas DANS la chambre de son ami.... Nope. Du tout. Il.... Il devrait sûrement y avoir moyen que je lui emprunte des couvertures et que je m'installe quelque part.....Mais oui, bien sûr....
Et si tu le gênes ? Je... Je lui demanderai si ça le gêne.. M'enfin si c'est le médecin qui le demande, ça devrait pas, m'enfin... Sauf s'il était déjà en train de monter des plans pour ça comme un vil Reever.... Mais non, il est trop pur pour ça.. C'est ça, bien sûr... Regarde le, avant toute chose....
Regarde le, étudie le..... Comme ça, tu seras fixé bougre d'idiot...
Et diantre pourquoi j'ai l'impression que mes joues sont un peu plus bouillantes ?
Barf, c'est pas important, ça va passer...... Ank, d'abord.....

Je relevai mon regard vers Ankie (d'ailleurs quand donc l'avais-je baissé ?  Cela m'échappait... )
et prit le temps de le contempler.....
Un regard fautif, baissé, des joues un peu rouges... Un enfant au regard qui s'affole, qui s'emplit de sa trop grande gentillesse qui veut aider à tout prix à ses propres dépens..... Un enfant pris en faute qui ne sait où se mettre...Un spectacle d'une crédibilité saisissante..... Un spectacle qui avait quelque chose d'attendrissant, il fallait le reconnaître..... C'était même adorable, très....
Ouh là. Définitivement, prendre mon café rapidement ne me réussit PAS.
Le prochain je prends une heure pour le déguster s'il le faut, mais je me laisse PAS divaguer comme ça. En plus, je partais vers quoi, là ?
…... Je crois que je n'ai pas VRAIMENT envie de le savoir, surtout, là, tout de suite, maintenant.
La fatigue, le café bu trop rapidement ça me réussit VRAIMENT PAS DU TOUT.
Allez concentre toi sur ce que dit le médecin,ça t'évitera d'avoir des pensées bizarres, ce sera toujours ça de pris..... Et mes joues, si vous pouviez avoir l'amabilité de moins chauffer ce serait sympathique, MERCI.

- La nouvelle a déjà dû faire le tour du quartier. Je doute que vos clients vous en tiennent rigueur… Ce serait même plutôt le contraire…
De toute façon, ils ont pas intérêt.  Et je suis sûr et certain, qu'ils le savent déjà....~
Le premier qui vient embêter Ank, je me charge personnellement de son cas.... ~  
Une petite transformation en parpaing, tiens, ou en écriteau « Fermé », histoire de lui apprendre à lire, par exemple... ~
Un petit rire sadique de ma part.... Poussé à haute voix. Of, tant pis. Perdu pour perdu, hein, autant l'être pour une bonne raison.... Et là c'est une SACREE bonne raison.
Après tout, de toute façon, le médecin sait à présent que je peux être un sadique si on s'approche trop près de ceux que j'apprécie pour leur faire du mal et si Ank ne l'avait pas encore su et bien il venait de l'apprendre..... Un peu plus, un peu moins....
Et si je lui fais peur.... Mon sadisme ne m'a jamais empêché d'être apprécié des gens que j'aimais....
Même ma Lenalee. Alors pourquoi Ankie, qui est la pureté incarnée, aurait peur de ça ?
C'est jamais qu'un réflexe de défense envers lui. Et suis certain qu'il va s'en douter aisément.
C'est même certain. Et je souris rasséréné alors que le médecin nous salua afin de prendre congé....
Mais rien que la mention du papier qui reposait à présent dans ma poche m'incita à me perdre dans d'autres pensées après lui avoir rendu son salut... Il ne fallait pas y penser. Ce serait laisser une chance à mes peurs de revenir me paralyser quand je ne le pouvais.

Oui... Il y avait tant de choses à penser.... Comme ce que je ferais subir à celui qui viendrait oser déranger Ank....~ Ce que je ferais alors..... Je lui proposerais du thé bien gentiment que j'irai préparer, comme si de rien était.... Et que je n'essayerai pas de réussir, lui.... Puis j'y glisserai quelques gouttes d'une potion.... Puis je le regarderai porter la tasse à ses lèvres avec une impatience folle de voir la suite arriver.... Puis je le verrais porter ses mains à sa gorge et s'étouffer à moitié, puis essayer de s'accrocher à la table, sans y arriver.... Puis je verrais son corps rapetisser, se tasser lui-même, je verrai sa voix  passer de quelques grognements à un silence complet puis au terme de quelques minutes un panonceau « Fermé » reposerait à mes pieds...... Et je le ramasserai avec une joie délectable, puis irai lui montrer son nouvel aspect dans le miroir puis j'irai à la porte pour l'y accrocher, quelques jours, le temps que le message soit bien passé.... ~ Ooooh imaginé comme ça, c'était encore plus amusant... ~ Ça donnait presque envie que quelqu'un tentât le coup......
Rien que pour autant m'amuser que dans mon rêve.... Un petit rire à nouveau m'échappa....
Cela promettait ~ De grand moments d'anthologie ~ Du drame, de l'amusement ~
Oh oui, j'allais bien m'amuser si quelqu'un tentait le coup ~ Un nouvel éclat de rire un brin plus sadique que le précédent... Mais cela n'avait aucune importance.. Personne ne pouvait savoir ce que je méditais en ma tête.... Non personne.... ~ On pouvait avoir une vague idée, mais le contenu entier.... Restait ma propriété mentale ~ Muhahahahahahahahahah.....

Et je ris de plus belle. Je ris de plus belle sans chercher à me retenir. Voilà ce que je t'offrais comme spectacle, Ank, toi dont je sentais à présent le regard se déposer sur moi, comme pour y chercher les marques de mes angoisses et mes inquiétudes. Mais tu pouvais chercher, tout ce que tu trouverai est mon fou rire en ce monde. Le reste en moi, repose caché, s'est reculé pour regagner l'ombre que personne ne gagne jamais et qui se cache en mon âme. L'ombre dont je ne laisse personne s'approcher. Gardé par l'homme en moi. Gardé par mon cercle de couleurs, de souvenirs et de personne, par mes chaînes qui ne se rompent guère souvent. Et si rien n'arrive, rien n'en viendra.
Tu peux donc regarder à satiété, autant qu'il te plaira... Si rien ne vient m'ébranler, ce que je ressens au plus profond de moi ne jaillira pas. Tant qu'il y aura besoin, que tu seras près de moi, je tiendrai.
A partir du moment où tu me tourneras le dos, alors l'ombre reviendra.....Et personne ne pourra plus rien. Je me laisserai ronger jusqu'à te revenir ou jusqu'à ce que l'espoir prenne le pas sur le reste.
Et peut-être semblas-tu le réaliser, avec ce petit sourire timide et adorable qui se dessina sur tes lèvres, avec cet air pris au dépourvu à ne point savoir que dire ni que faire, à présent que nous étions à nouveau seuls..... Qui fit naître par réflexe sur mes lèvres un sourire voulu encourageant....

- Désolé de t’avoir inquiété Ko’…
Mes mains qui se lèvent par réflexe, qui s'apprêtent à protester, l'assurer que ce n'était rien, que j'avais vu bien pire, mes lèvres qui s'apprêtent à prononcer de tels mots....  Alors que mon esprit note le surnom affectueux qui lui vint qui me fait sourire un peu plus et me fait comme un peu de miel sur ma conscience et que je réalise que s'il se permet un surnom, je peux tout aussi bien me le permettre... L'amitié incite souvent à donner des surnoms, après tout... Et ce n'était point la peine d'y résister.... Alors que mon esprit nota, avec étrangeté, son affection alors que j'avais du le laisser.... Alors qu'il aurait pu et du m'en vouloir.... Ce qui laissa l'ombre  se rapprocher un peu, un peu surprise..... Elle qui s'attendait à ce qu'il m'en veuille..... Alors qu'en réalité....Mais Ank m'arracha à mes pensées par quelques autres mots....
- Tu étais venu pour me rendre visite ?

Un frisson. Un sursaut. Immédiat à ses mots. Un léger recul involontaire. Mes joues qui instantanément me viennent à chauffer... Mon regard qui s'écarquille, n'en revenant pas....
Que...N... Non....Il a compris..... Et mes stratégies de faire croire que je passais par là.... ? Et mes stratégies pour paraître poli et ne pas déranger, et mes prétextes ? N...Non je ne peux pas le laisser dire, je ne peux pas le laisser me percer à jour aussi facilement..... Je ne peux pas le laisser penser cela de moi.. Ce serait trop embarrassant, trop étrange... Trop injuste pour lui qui n'avait pas besoin de se coller un ami dans les pattes ou penser que je puisse venir à l'improviste....
Mes lèvres qui répliquent immédiatement, porteuses de ma frayeur à l'idée de son jugement, répliquant un peu trop vites pour être honnêtes......
« Pas... Pas du tout.... ! Je passais juste par là... Et puis j'ai voulu..... »
Mais même mes mots et mon ton sont des aveux. Je m’interrompt avant de me rendre plus ridicule que je ne le suis déjà.....Je le sais, j'en prends conscience à la seconde où je me défends. Mais il est déjà trop tard et je n'ai plus qu'à répliquer dans l'espoir de me sauver....
« Et il faut croire que j'ai bien fait, puisque on dirait que ta cliente avait l'air déterminée à rester plantée là comme ça.... Il aurait pu se passer un millier d'années avant qu'elle réagisse, celle là... Si je la tenais entre mes mains et que j'avais encore le droit de lui envoyer un robot géant à la figure, je le ferais, non mais..... »

Ma voix empressée et inquiète se transforme en posture théâtrale, un doigt tendu vers la fenêtre comme pour désigner la coupable qui avait fui le lieu... Le théâtre quand je me sens en cet état a parfois été mon moyen de me cacher... De me contrôler, de me détacher quand mes émotions prenaient le pas sur moi-même, quand j'étais surpris.... Il l'est une fois de plus dans un premier temps.. Mais emporté par mon propre jeu, je finis par me perdre en mes propres pensées..... Et je finis par réaliser à quel point je suis futile et idiot... Et complètement grillé. Et je finis en grognement envers moi-même et je ne peux même plus supporter ta vue, aussi je détourne mon regard de toi et m'ébouriffe mes cheveux d'un air nerveux... Je suis ridicule, je suis parfaitement ridicule et j'en ai parfaitement conscience... Chaque seconde que je passe en cet instant me couvre d'un plus haut ridicule....Il ne me reste plus qu'une seule chose à faire, la seule qui soit valable.....
M'excuser. Et en continuant d'ébouriffer mes cheveux sans pouvoir endurer ta vue, je finis par murmurer :
« … Désolé. Je suis décidément un ami bien pitoyable. Je comprendrais que tu ris de moi. Je suis complètement ridicule. »

Et un léger rire m'échappe à nouveau que je ne retiens pas. Mi amer, mi agacé contre moi-même.
Mais qui puis-je ? Je continue de perdre, jour après jour de l'essence de l'Intendant que j'étais et ce que je garde n'est jamais que des miettes d'autrefois...... Et je gagne en ridicule, jour après jour....
Et je suis ridicule, si ridicule alors que je m'excuse... Mais que j'oublie de m'excuser pour une des choses encore plus importante que mes subits hauts faits de « gloire »..... Et instantanément mon sourire se flétrit sur mes lèvres et je reprends, penaud.....
« Et je voulais aussi m'excuser, pour ce que j'étais obligé de faire tout à l'heure, aussi. C'est pas que je ne voulais pas rester à tes côtés... C'est juste que je ne pouvais pas.... A cause d'une chose qu'on appelle le secret médical qui exige que seul le patient et le médecin doivent être en présence l'un de l'autre lors d'un examen.... Mais crois moi, si j'aurai pu.... Et je voulais pas t'abandonner, au contraire... De toute façon, j'aurai pas pu.... »
Et mes phrases se suspendent et je me tais, portant ma main gauche à mon front, exaspéré contre moi-même. Mes phrases sont décidément plus ridicules les unes que les autres....... Je suis ridicule et si pathétique... Je semble littéralement..... tenter de me justifier alors qu'il devrait avoir le droit de m'en vouloir sans que je cherche à l'influencer... Et qu'est ce qui me prend..... De chercher à tout prix comme ça, son pardon, alors que je ne mérite que son agacement ? Et puis, et puis, où me menait ces phrases « Si j'aurais pu », « De toute façon, j'aurai pas pu ? ». J'aurai pu quoi ? J'avais fait ce que je devais faire. Je ne pouvais rien de plus. J'aurais pas pu. Mais oui, révèle lui combien tu t'inquiétais au meilleur des cas, au pire des cas que t'as déjà vécu ça, pauvre tâche. Tu es tellement pathétique...... J'en gémirai de dépit contre moi-même, tiens... Décidément le café bu trop vite ne me réussissait absolument PAS. Reprends toi, si possible, plus brièvement, plus rapidement....
« En....Enfin bref, désolé. »

Mouais. Peut mieux faire. S'il n'y avait pas ce léger balbutiement, ça aurait été parfait....
Mais il avait été là, et la parole ne pouvait jamais être reprise.... Grillé, regrillé et regrillé... Échec et mat pour une phrase toute à fait innocente d'un gentil petit ange..... Un nouveau soupir d'agacement contre moi-même.... Décidément, j'étais pathétique...... Plus que pathétique..... Je n'avais plus qu'à me calmer si je voulais réparer un tant soit peu les dégâts que je venais de causer à notre relation..... Ou tout simplement que je n'osais pas évaluer du regard..... Soyons, honnêtes, pour une fois.
Inspire. Expire. Détends toi. Allez tu ne peux pas faire PIRE que tu viens de faire.
Si, oh si, tu peux... Et si... Oh non... Vite...
« Et... Et surtout ne va pas penser que c'est contre toi que je m'agace... C'est... C'est uniquement contre moi-même.
Mon regard qui se relève, vivement, paniqué à l'idée que je puisse trouver dans le regard de Ank, une peur que je sois agacé contre lui.... Mais son visage n'exprime rien, encore.... Pour le moment....
Et bien sûr je n'ai absolument rien réparé, bravo, chapeau, Monsieur l'Intendant....

Un nouveau soupir. Que je transforme en respiration voulue apaisante. Sens le contact de tes pieds avec le sol. Sens l'air alentour. Sens ta poitrine se soulever pour respirer. Inspire. Expire. Retrouve tous tes moyens. Ne te laisse plus décontenancer comme tu l'as été par quelques mots.
Tu avais imaginé tout un tas de scénarios, mais absolument pas celui-là.
Et voilà où cela t'avait mené..... Cela t'apprendra.
Encore quelques inspirations. Voilà, parfait.... Ça va déjà mieux non... ? Je me sens toujours aussi ridicule, mais déjà beaucoup plus calme... Les attaches de mon masque, quelques peu remuées, regagnent leur place sur le bateau de ma vie.... Surtout qu'il a quelque chose dont je devais l'assurer..... Un petit sourire voulu rassurant se peint sur mes lèvres à son intention, puis....
" Quant à m’inquiéter, t'en fais pas pour ça. C'est pas très grave. Et puis vu comment je suis ridicule, on peut dire que je ne l'aurait pas volé, hein ? "
Un petit rire nerveux, ma main retournant ébouriffer mes cheveux... Deux gestes incontrôlables qui me rapprochent à nouveau de mon gouffre de panique.... Ce n'est pas le moment, je ne dois pas y retourner.... Il me faut enchaîner sur plus important, sur plus neutre..... Il faut me tourner sur autre chose... Quelque chose pour mieux m'appuyer..... Mais quoi... Qu'est ce que... Je tourne, un peu paniqué en moi-même... Puis la solution me vient.... Et je la laisse s'exhaler, reprenant mon ton théâtral dans l'espoir de l'amuser.....

« Par contre, mon cher.... Ankie, tu n'as pas intérêt à m'inquiéter durant tout le temps de ta convalescence vu que le médecin m'a visiblement désigné comme ton garde malade sauf si cela te gêne, évidemment, sinon, qui saurait ce que je pourrais faire ? ~ » Ma voix, parodie de sévérité qu'un sourire dément, mes bras qui se déposent sur mes hanches pour mimer ladite sévérité...  Ce surnom qui en réponse s'exhale en l'air....Puis mes mains qui se tendent vers l'avant en griffant l'air d'une main comme pour simuler les pattes d'un redoutable tigre prêt à fondre sur lui, pour ce sort qu'il connaît bien et a déjà subi par une fois alors que mon sourire mute vers une malice certaine....  Comme si je pouvais te faire le moindre mal, petit ange....
Et à l'intérieur de mes propres mots, une pointe de peur et d’anxiété qui se mêle et qui ne peut s'empêcher de venir noircir légèrement le tableau.... Cette peur terrible, de m'être fait détester d'un seul coup, cette peur horrible d'empiéter là où je ne devrais pas, cette peur terrible de le voir ne point accepter que je puisse le veiller et que ma présence le gêne.... Mais ne point m'appesantir là dessus. Non demander autre chose, trouver autre chose... Et il y a tant d'autres choses à dire... Tant d'autres qu'elles se pressent avec tant de facilités contre mes lèvres, à présent qu'elles sont éveillées... Et je les laisse sortir, sans changer le ton de ma voix, inquiète et soucieuse de lui tout comme le regard que je pose sur lui :

« Mais plus important..... Comment tu te sens ? Mieux ?  Est ce que tu veux manger quelque chose de précis ? Est ce que tu veux prévenir quelqu'un de ta convalescence ? Ou.... Tu veux peut être que j'aille chercher une autre personne pour veiller sur toi ?  »
Et la question fatidique revient, plus claire encore en mes mots comme un maudit refrain... Et je n'essaye plus de la chasser puisqu’apparemment elle reviendra jusqu'à obtenir sa réponse....
Je me contente de baisser le regard et rester sans plus rien dire, craignant la réponse à venir....


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Limites et déchirure [PV Komui Lee]

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